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Putain mais pourquoi je suis parti bosser ? Je vais mourir putain ! Bon comme tout le monde, mais plus vite que la plupart.

Classer des dossiers papier à raison de 8h/jour à mesure qu’ils sont demandés et rendus par les juristes … Dans dix ans mon métier aura lui aussi disparu, mon successeur remplacé par un bras mécanique piloté par une application qui bug.

Putain de boulot No Brain, répétitif au possible qui t’empêche de réfléchir à quoique ce soit. On pourrait croire l’inverse, pas de réflexion donc dérivation des fonctions cognitives vers des sujets plus intéressants. Ben mon cul !

La première semaine à la limite. Arrive très vite la démotivation suivie de la démoralisation et suivant votre caractère : résignation, dépression ou rienAfoutration.

J’écris ces lignes durant ma pause de 10h et je viens de réaliser que je suis en train de perdre le peu de temps qu’il me reste. Bon tentons d’optimiser ce peu de temps justement.

Je ne sais pas ce que je vais en faire, mais je vais avoir besoin de thunes ça c’est sûr. Allez direction RH !

Pleurer est un talent, émouvoir peut être un métier. Ça me rappelle un bouquin que j’ai lu étant môme, le premier qui m’a donné envie de lire autre chose que des Tintin et des Spiderman. « Au Bonheur des Ogres » de D.PENNAC : l’histoire de Benjamin Malaussene, payé pour essuyer les plaintes des clients du grand magasin qui l’emploie. S’il chialait assez, le client retirait sa plainte et il était payé. Ben va falloir s’en inspirer pour repartir avec une rupture conventionnelle et un chèque intéressant. Mais ce talent je ne l'ai pas et pour la première fois de ma vie professionnelle j'envisage d'aller voir notre syndicat pour un coup de main. Je suis un français moyen, je ne me syndicalise pas, je rie d'eux ou les conspue (surtout durant les grèves) mais dès que j'en ai besoin je rampe à leur bureau.

Et Michel le syndiqué aux trois lettres m'écoute, l’œil endormi, la face léthargique, et les lèvres prêtes à ronfler. Lorsque je termine mon histoire (très courte) il ne réagit pas. Ma mort semble être d'un ennui …

Je me prépare à l'insulter comme il se doit lorsqu'il se redresse vers moi. Me regarde dans les yeux et pars dans un monologue sur la lutte des classes où chaque phrase le réveille un peu plus. Il m'explique que ce qui me tue c'est l'oppression, que ma maladie n'est que conséquence de l'asservissement du petit peuple que je représente. Il s'illumine à l'évocation de Marx et Engels. Il rajeuni de 50 ans (alors qu'il n'en a pas 40) se remémorant un printemps 68 qu'il n'a connu que dans les livres et les tracts. Il parle de ma condition, me promet le combat et la victoire. Il détaille ma vie dans la société, détaillant les victoires obtenues et les échecs qu'on m' collé injustement sur le dos. Harcèlement moral, ambiance délétère maintenue à dessin entre les employés. Immaturité et tyrannie du management m'ayant poussés à la porte de la dépression à de multiples reprises. Rabaissement ininterrompu de mon faible ego (sic).

Seul petit bémol, je ne me reconnais absolument pas dans son récit. Il attendait un prétexte pour en faire un cheval de bataille, il est en train d'harnacher un poulain de 6 mois d'une armure de guerre.

Bah, si son imagination, sa démagogie et son sophisme peuvent m'avoir deux, trois chèques vacances en plus, allons y. Je veux bien être en première ligne pour une fois. Napoléon nous voilà, espérons que le bureau des ressources humaines sera Austerlitz et non Waterloo.

Mon Michel est remonté comme en 1936 (période qu'il n'a bien évidement pas connue non plus) lors des grèves pour l’obtention es premiers congés payés. Pas de préparation, trop longtemps qu'il est sur le banc de touche de la revendication. Les RH on y va maintenant !

Je frappe trois fois à la porte, comme au théâtre. Première erreur, ça va se voir que je sur-joue … quoique je vais mourir, j’ai même un mot du docteur ! Comment je pourrais sur-jouer ? Et puis à coté de Michel je suis sûr de faire sobre.

On investit le bureau et Michel dégaine, calme toi mon grand tu en vas pas tenir 5 minutes. Je le calme un peu et expose le thème principal sans donner la cause (garder des cartouches pour le débat, jouons la stratégique). La gentille RRH me regarde médusée et appelle mon responsable. Michel s'emporte un peu l’accusant de jouer la montre, de noyer le poisson. Mais non c'est la procédure classique, il est normal que …

Alors on se pose et on boit un petit café en attendant dans le silence.

Je me suis toujours demandé si certains métiers pouvaient avoir une cohérence physiques dans leurs recrues. A-t-on déjà vu une esthéticienne moche ? De mémoire d'homme non. Il doit y avoir un certain darwinisme dans les métiers, une sélection naturelle, cela reviendrais à aller voir un médecin toujours malade ou un garagiste dont la voiture est en panne constamment. Ça n'aurait pas de sens. Et bien à mon moyen étonnement, les RH c'est pareil, dans toutes les boites où j'ai fait, ne serais-ce qu'un entretien d'embauche, toutes les membres des RH étaient femmes fort charmantes (pour ne pas dire plus). Jamais d'hommes, jamais de repoussoirs. Je veux bien être chanceux (mouais en fait non) mais à ce niveau statistique … Et Brigitte, que nous avons en face de nous, bien qu'ayant un prénom ayant dépassé la date de péremption, ne déroge pas à la règle. Et Michel, tout syndicaliste qu'il est n'en étant pas moins homme, commence à s'en souvenir.

« Sympa tes bracelets »

C'est vrai qu'ils sont sympas, de grands bracelets en métal clair, peut être de l'argent ou du …

« Un cadeau peut être ? »

Oui peut être, joli cadeau ceci dit, j'imagine que Michel veut lui faire comprendre qu'un tel bracelet elle ne pourrait se l'acheter seule, qu'elle est donc de notre côté, nous petit peuple qui formons le …

« Un amant sans doute »

Ami, il a voulu dire ami et sa langue à fourch..

« Tu dois avoir un lit à barreau chez toi »

Euh, alors là j'ai beau avoir vu tous les épisodes de Sherlock, le lien n'est pas des plus ...

« Pour t’enchaîner, je suis sûr qu'avec des bracelets comme ça tu dois aimer être menottée »

Deux visages médusés regardent l'avatar du prolétariat digresser sur son phantasme de la lutte des classes. Nonil n'a pas voulu dire ami du tout en fait.

Regard vers la RH qui me regarde puis regarde Michel pour revenir vers moi. J'y suis pour rien choupette. Choupette qui semble être prise de légers tremblements dans les avant bras. Ça va partir et ça va pas être bon pour moi non plus. Alors j'interviens. Tu aimes ça les monologues et les discours engagés, tu va être servi mon bonhomme. Moi aussi je peu broder sur le machisme et le sexisme, opposer la lutte des sexes à la lutte des classes tout en ne m'étant jamais intéressé à la condition féminine dans la société (déjà du mal à trouver la place de ma propre condition). Je flirte avec l'impolitesse quand je le compare à un phacochère dans son placard qu'il s'est construit lui même a grand coups d'idées toutes faites qu'il a apprissent lors des manifestions bi annuelles entre République et Bastille. Résultat Michel regarde ses godasses, esquisse un début d'excuse, puis se casse avec une rapidité qu'on n'aurait pu lui soupçonner, nous laissant Brigitte, toujours médusée, et moi essoufflé de cette tirade.

Résultat, pas de responsable, j'expose mon problème, ma maladie, Brigitte compatis, en pleure presque et me promet des congés payés jusqu'à la fin de ma vie, avec un petit bonus se comptant en mois de salaire.

Merci Michel

Tag(s) : #m2f, #roman, #Littérature, #noir, #policier, #mort

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