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Le programme était clair et bien établi : me bourrer la gueule, payer, quelques verres, m'en faire payer quelques-uns, si possible plus. Vomir, oui à un moment il aurait bien fallu. Aurait car rien ne se passe jamais comme prévu. La faute aux gens.

Une fois le premier rhum envoyé et l’excitation retombée, retour à la réalité. Au bar, deux gros beaufs qui rotent leurs bières à la face du monde. Partout ailleurs, une armée de téléphones portables, ça pianote, ça fait glisser son doigt, ça prends en photo ses cocktails et la pompe à bière, mais ça ne parle pas, ça ne décolle pas le regard de son maudit écran, ça ne boit même pas putain. Dans un bar un vendredi soir PUTAIN ! On s'en fout de ce que tu bois, de ce que tu manges, de tes photos de pied à la piscine ou à la plage, le monde n'est pas un vieux fétichiste se paluchant sur ton ego. Arrête de prendre ta vie en photo et vie là ! Et puis d'abord , entre nous, entre toi et moi, t'en fait quoi de tes photos là ? Sérieusement ? Non parce que, déjà quand j'étais môme, les soirées séances diapo ça me gavait, alors que tu les imposes directement au visionnage en imaginant qu'on puisse kiffer … Mais, bon tu as raison ça rompt la monotonie des résultats de tests que tu infliges à tes contacts : quelle princesse es-tu ? Avec quel acteur pourrais-tu te marier et autres quel est ton niveau de stress ?

Putain tu veux savoir où il en est mon niveau de stress ? J'ai envie de tuer, il faudrait un permis pour vivre, ou plutôt enfanter. En ce moment précis je suis le baron de la haine, le prince de la malveillance et aussi l’empereur du ressentiment.

Alors je passe mon énervement à enchaîner les shots seuls, et je les observe. Certains solitaires jouent à Tinder comme on joue à Candy Crush mais en général l'absence d'énergie vitale les caractérise. Elle ne les habite pas, elle va les quitter. Où va-t-elle ? Où est-elle ?

Je louche sur le portable de ma charmante voisine, jolis yeux, jolies formes et un vendredi soir parisien vers 22h12 elle est sur, le site de Carrefour Market

Bon moi même, avec mon bloc note et mon stylo je ne dois pas les faire rêver non plus, et je vais aussi sur la toile pour chercher la définition de tel ou tel mot pour être sûr de bien l'employer. Mais putain (oui ça fait beaucoup de putains depuis le début) je ne suis pas en train de comparer le prix des sets de table sur Carrefour Market ! Serveur un autre shot !

Ok je noircis le trait, il y a bien des groupes d'amis, des couples un peu moins greffés à leurs portables. Mais putain vous êtes jeunes (pas tous), vous êtes beaux (pas tous non plus) profitez de cet infini temps vous restant.

Ah ça s'anime ! Les couples se recomposent. Mouais vu les expressions de visage gênées, les regards détaillant plafond, sol ou cadres sur les murs, ça sent bon le (les) premier rendez-vous. Même choisir une table est un défi, une décision stratégique qui affectera, semble-t-il, le reste de la soirée. C'est bon on y est, reste le choix de la place, aucun des deux ne veut prendre le risque de s'octroyer la banquette au détriment de l'autre. Honnêtement, en d'autres circonstances j'aurais pu trouver ça mignon et pas pathétique.

C'est vers 00h43 que ma soirée a basculée. J'étais parti m'en griller une dehors comme on dt, quand, en revenant, un petit groupe gentiment à me squatter ma place, place qui devrait, pour le commun des mortels, être analysée comme étant occupée, puisque se trouvent, devant mon tabouret de bar : bloc-note, stylo et téléphone portable (la peur du vol ne m'habite plus trop depuis mon dernier rendez-vous médical)

Ne désirant pas interagir plus que ça avec mes contemporains, je tente, avec succès, de m'insérer entre eux et le bar, m'asseyant sur mon tabouret à moitié défoncé. Et là le plus surfer des trois, par la blondeur de ses cheveux s'exprimant dans un parfait anglais :

« What a moron »

Surenchère : « Never seen such a dumbass »

Signifiant, pour les non anglophones, qu'ils estiment que je viens de leur subtiliser la place désirée à leur nez et à leur barbe. Je me retourne alors, tentant, via un mime bien trouvé, de lui faire remarquer, qu'il n'avait sans doute pas vu que la place était déjà prise. Peine perdue, ils en rajoutent : « Such a dickhead ! »

Je me décide alors à rompre la glace nous séparant

« Hey assholes, do you really think you're the only ones to speak english ? »

Ouvrant ainsi un débat sur le défaut principal du touriste : croire qu'on est le seul à parler sa langue maternelle dans un pays étranger. Le second, hérité du premier, étant de parler très fort, tout le temps.

« That's my chair » Oui je ne savais pas comment dire tabouret sur le moment, ça se dit stool)

« Can't you see my phone, sons of whore ?»

Leur faisant ainsi remarquer mes affaires restées sur le bar, résultant en des coups d'œil des uns et des autres vers le dit bar. Et au moment où la situation allait se régler à l’amiable, le plus surfer des trois, par la taille, empêcha un de ses potes d'esquisser le début d'une excuse.

« Who's the whore ? »

« Your mom, are you deaf or what ? »

Lui signifiant ainsi que, oui il avait bien entendu et que je m’inquiétais pour son audition. La première baffe m'a surpris, je suis bien resté quatre secondes à réaliser, dans le silence qui venait de prendre possession du bar. Le temps que le videur fasse le chemin vers nous, j'eu le temps de le surprendre moi aussi en infligeant à ses gonades une douleur intense à l'aide de mon genou et en me jetant sur le moins surfeur des trois,par la masse musculaire.

Tout cela se fini comme il se doit, en cellule de dégrisement. Car oui il n'y a que dans les films où après une bagarre, les gens rentrent chez eux comme si de rien n'était.

Tag(s) : #m2f, #mort, #roman, #Littérature, #policier

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