Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Infectious Groove : Violent & Funky

Je n'ai jamais été un grand utilisateur des transports en commun, un certain écœurement né d'une trop grande utilisation de ceux ci quand j'étais môme sûrement. Mon métier, ou ex-métier m'envoyant à droite, à gauche et le plus souvent loin, j'utilisais surtout ma bagnole. La joie de la solitude, d'un relatif confort, de la musique à fond et des embouteillages. Mais depuis peu je les utilise beaucoup plus, les redécouvre en quelques sortes. Enfin redécouvrir est un bien grand mot, c'est un peu comme un épisode des feux de l'amour, tu regardes pas pendant vingt ans, il te faut deux mins pour reprendre le fil ou tu l'avais laissé. Mais tout de même une petite réflexion que je me suis faite : avec l'arrivée des smartphones, les wagons de métro/tram sont devenus des cabines téléphoniques. Les gens n'en ont plus rien à foutre de rien. La discrétion ? Une vertu d'un autre siècle (littéralement). Ils étalent leur vie avec une nonchalance, une impudeur qui n'ont d'égales que leur impolitesse et leur manque de savoir vivre.

Big Brother ? Ne pas s'en inquiéter, l'être humain se flique lui même. Un exemple ? Je n'ai que l'embarras du choix mais le plus amusant reste peut être cet homme qui est monté en même temps que moi à la sortie du parc des expositions de la porte de Versailles. Grand, longiligne, barbe poivre et surtout sel impeccable, costume sur-mesure, chech couleur sable et … kit main libre. A peine installé dans une des rares places libres, il a dégainé ses bras et via moult gestuelles et intonations forcées tentait d'expliquer à son correspondant sa vision d'un vernissage à venir. Et quand j'écris qu'il parlait fort je n'exagère pas : mes propres écouteurs peinant à couvrir son verbiage.

Je n'ai pas pu m’empêcher de sourire, le cliché de l'artiste parisien comme on l'imagine dépassé le périph. Mais de toute évidence j'étais le seul dont il avait réussi à capter l'intention. Ou bien mes compagnons de voyages feignaient de ne pas le voir , ou bien, ayant plus d'expérience que moi dans les transports en commun, ils se sont habitués, dressés par l'incivilité de tous (et potentiellement de la leur).

J'en ai eu marre de ce rustre, j'ai décidé qu'il allait prendre pour les autres, surtout lorsque je me suis rendu compte qu'il était en fait accompagné par une demoiselle qui tenait un certain nombre de documents et qu'elle était debout devant lui, pendant que lui, assis, écrivait sur un paperboard imaginaire. Cuistre, malotru et pédant, tout ce que j'aime dans la race humaine (avec d'autres trucs dont j'espère ne pas avoir à vous parler plus tard)

Je me suis approché lentement et, discrètement, ai commencé à finir ses phrases à voix haute

« Il faut que tu comprennes, que c'est un cheminement de vie, une recherche personnelle vis à vis de lui même »

Chuchotant : en même temps si c'est personnel, c'est sûrement vis à vis de lui même

Homme qui parle fort , kit main libre, je fini la conversation, je deviens un petit con, tout dans la provoc et j'adore ça. Les wagons de métro sont devenus des cabines téléphoniques.

« Les pieds, dans son œuvre, représentent l'ancrage »

Marmonnant : Il s'est pas foulé … le pied … excellent, non parce que je fais des jeux de mots aussi …

« Alors que les mains symbolisent l 'échange »

Murmurant : Un peu comme ma bite

A ce moment là j'ai vu que j'avais accroché l’attention de sa … collègue ? Stagiaire ? Porteuse ? Légèrement outrée, pas vraiment amusée ainsi que de deux, trois autres voisins légèrement plus amusés eux

« Il voit les choses via un prisme distordant qui lui permet d'exprimer les tabous que nous avons en nous, et dans un monde où tout va vite où on est entourés d'objets, dans une société de consommation»

Discutant avec lui : Tu te rends compte que ta phrase ne veut pas dire grand chose au final ?

C'est à ce moment que j'ai franchement capté son attention et qu'il s'est arrêté de gesticuler comme un italien au salon de l'auto (oui c'est peu xénophobe) mais il a tout de même réussi à finir la dite phrase :

«Et c'est pour cela qu'il fait des photos de bovins »

M'approchant du micro pour parler avec son interlocuteur : Attendez, vous vous prenez la tête pour des photographies de vaches ?

« Des mises en scènes photographiques, des œuvres complexes mêlant modèles humains et bovins tendant à nous faire prendre conscience de la futilité du monde contemporain »

« Et donc vous collez une gonzesse, sûrement à poil sur une vache pour dénoncer une futilité que toi même, depuis dix bonnes minutes tu incarnes dans toute sa splendeur et sa magnificence ? Sérieusement ?»

« Du nu, monsieur, du nu pas à poil ! »

« Pardonne l’offense, mais si tu veux un symbole de la futilité, prends un selfie »

J'aurais aimé ajouter une vanne sur son métier de critique d'art/galeriste, mais et d'une on lui avait sûrement déjà faite et de deux il était temps pour moi de descendre.

J'ai recommencé cet exercice assez amusant à plusieurs reprises, notamment sur une pimbêche de lycéenne qui expliquait à un camarade trop timide pour contre argumenter, que en se baissant elle montait son centre de gravité. Je lui ai donné un petit court de physique/mathématique en 30 sec, ça m'a fait plaisir. Bizarrement je ne me suis jamais fait (trop) insulter ni même cassé la gueule jusqu'à maintenant, pourvu que ça dure.

Je deviens un petit con, tout dans la provoc et j'adore ça.

Tag(s) : #m2f, #métro, #smartphone, #policier, #noir, #roman

Partager cet article

Repost 0