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Journal de guerre

Entrée 3

Excitation, stress ou symptômes, je me suis réveillé en pleine nuit, essoufflé, le cœur battant à tout rompre. J'ai dû appeler les pompiers ne pouvant me résoudre à mourir avant la date annoncée.
« Vous allez être mis en relation avec les sapeurs pompiers de Paris. Ne quittez pas »
Ça, ma grande, ça ne va pas dépendre que de moi.

Le temps de les joindre et de leur expliquer deux fois (une fois au standard, une fois au médecin de garde), je me suis calmé.
Ils sont venus, obligés , m'ont fait prise de sang et E.C.G et m'ont offert un voyage gratuit en camion rouge jusqu'aux urgences les plus proches.

Un des pompiers a gentiment tenter de me déstresser en commentant ma décoration et me parlant des films dont il avait aperçu le DVD. Sympathique de sa part, mais à force j’ai bien cru qu’il cherchait à acheter l’appartement en viager, belle affaire pour lui si j’étais propriétaire.

Arrivée aux urgences : nouvel E.C.G, 2h a végéter à côté des comas éthyliques de la nuit et hospitalisation.
J'ai ressorti l'intégrale de mes antécédents et symptômes une troisième puis une quatrième fois pour la jeune interne fraichement recrutée. Elle, comme les autres, se faisait l'incarnation de l'impuissance à mesure que je distillais les informations. Les pimpons m'ayant fait prendre mon dossier médical sous le bras, la lecture ne la rassura pas.
Ils allaient me garder quelques jours. Mon défi : ressortir et ne pas les laisser m’enfermer jusqu’à mon décès programmé.

J’ai pu dormir une heure avant d’être réveillé par l’infirmière du matin : prise de tension et de température. Puis 20 mins de plus avant le petit déjeuner. Je me suis demandé s’il ne cherchaient pas à m’achever de suite. Et puis j’ai compris que l’équipe du matin n’avait aucune connaissance de mon dossier, et que le cas par cas n’existait pas (t’es pas à l’hôtel mec !)

En regardant mon plateau aussi je me suis demandé s’ils en voulaient pas à ma vie. Un quignon de pain mou, de la confiture et un chocolat chaud fade agrémenté de blocs blancs (lait en bloc ? Crème ? Reliquat de soupe miso ?). La fadeur devait s’expliquer par le fait que le chocolat en poudre était encore sec au fond du bol en plastique. Du chocolat en poudre hydrophobe, concept.

J’aurais voulu décrire cette expérience sous forme de cliché ou de caricature que je n’aurais pas atteint ce résultat.

Autre caricature, les deux flics qui ont débarqué dans ma chambre vers 10h, avec la forte envie de m’interroger sur le voisin du dessus. Deux flics, une seule personne : la police nationale. Dans les séries, on équilibre les duos, gentil-méchant, empathique-froid, professionnel-comique. Dans la réalité on fait dans le discount : 2 pour 1.

Ils se sont vaguement excusé de me déranger.

Je me suis vaguement excusé de ne pas avoir dormi plus de 45 mins d’affilé depuis la veille.

Ils m’ont demandé la raison de mon hospitalisation.

J’ai répondu que j’étais mourant et que ma nuit n’avait pas été simple.

Ils ont griffonné sur leur bloc note et ont hoché de la tête en marmonnant un truc

J’ai pris cela pour de la compassion.

Ils ont posé leurs questions sur mon voisin.

Je leur ai répondu que comme tout citadin qui se respecte je ne connaissais mes voisins que de vue.

Pas leurs amis, pas leur métier ou leurs habitude et encore moins leur vie intime.

Ils m’ont tout de même demandé si je savais que lui était chômeur

Non.

Et qu’elle se faisait tabassée par lui. Apparemment les marques de « chutes » n’ont pas laissé leurré longtemps les flics sur place.

Non plus et honnêtement je m’en tape, j’ai trop peu de temps à vivre pour m’occuper des cas sociaux.

Griffonnage griffonnage

Ils m’ont demandé ce que je foutais en Suisse il y a deux semaines

Je leur ai répondu qu’avant de mourir j’avais envie de voyager un peu, et que j’aimais le Toblerone ™.

Ils se sont étonnés que ce soit mon seul voyage et que celui-ci fut si court.

Je leur ai répondu que merde, que je faisais un peu ce que je voulais, que c’était pas moi le mort, ni la femme tabassée, et surement pas l’assassin. Que s’ils en voulaient du court on pourrait parler de mes heures de sommeil ou du nombre de semaines qu’il me restait.

Ils m’ont demandé de me tenir à leur disposition, et de les prévenir en cas de départ à l’étranger.

Je leur ai répondu que s’ils avaient à nouveau besoin de moi, ils avaient intérêt à se grouiller.

Je leur ai souhaité une bonne nuit, ils se sont barrés et une heure plus tard j’étais réveillé par des œufs dur épinards à l’eau, devant lesquels je me suis réjoui d’être crevé. Sans la fatigue et le stress je me serais surement montré plus courtois, timide et nerveux avec ces sympathiques agents et je serais surement apparu plus suspect que maintenant.

Pour en revenir à la nourriture. Je ne suis pas critique culinaire ni même très féru de cuisine, mais merde, faire des œufs durs dégueulasses … comment en fait ? Et les épinards : 6 fois trop d’eau bouillie pour les faire cuire

Vers 17h je me suis à nouveau réveillé, mais tout seul cette fois ci, le bruit dans le couloir m’aurait réveillé en temps normal, mais mon corps a demandé à mes oreilles de ne pas l’avertir que deux grosses infirmières parlaient torchons juste devant ma porte.

Je me suis levé, comme après une soirée cuite : difficilement en et m’aidant du mobilier. Je me suis frotté le visage pour avoir l‘air plus vivant. Ai ouvert ma porte et leur ai demandé le programme concernant mon humble personne.

Le flou artistique semblait être la règle, une écographie par ci, un scanner peut être par là, mais bon on sait pas trop, y’a pas que vous, quand on aura le temps tout ça tout ça.

J’ai claqué la porte, me suis rhabillé, et me suis barré. Une infirmière a bien tenté de me retenir en me disant que je n’avais pas le droit de partir.

T’es gentille ma puce, mais c’est un hôpital, pas une prison.

Il va faire quoi ton vigil à l’entrée ? Me plaquer au sol pour me ramener dans ma chambre et me forcer à finir mes épinards ?

Bon et maintenant ? A qui je m’attaque ?

Tag(s) : #m2f, #mourir, #hôpital, #policier, #interrogatoire, #Roman, #noir

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