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On approche de la fin. Je le sens.

Chaque nuit j’angoisse

Chaque journée j’agonise.

 

Je suis dans un cercle vicieux. Les douleurs entrainent les angoisses, les angoisses le manque de sommeil, la fatigue les vertiges et autres réactions inhabituelles dont une partie des douleurs surement. Je me lève en fin de matinée, je suis mon rituel, comme si de rien n’était ou presque.

 

J’ai allumé la télé pour faire un fond sonore. Une chaîne info histoire de voir quel monde je quitte, il me fait la décence d’être dans un état qui ne me le fera pas regretter.

Au même moment le téléphone sonne

 

« Allo ? »

« Oui je vois les images oui. »

« Oui je viens oui. »

 

Je leur avais dit, le plus sincèrement, que s’ils avaient besoin de moi ils pouvaient me contacter. Ce genre de phrase qu’on dit en sachant pertinemment que l’autre ne vous contactera jamais. A mettre au même rang que les On s’appelle, on se fera une soirée ou les Si tu as besoin de quoique ce soit n’hésites pas.

 

Je suis cynique ? Non juste conscient des réalités.

Mais là, la réalité ce sont deux flics en bombers dans une voiture en double file avec gyro qui hurle son empressement à me voir comme passager.

 

Si on m’avait dit que je participerais à une prise d’otages côté négociateurs. Car c’est bien de ça dont il s’agit.

 

Mon clone naturel a décidé de passer à la prise d’otages.

Je connais les prises d’otages au cinéma : retournements de situation, évasions spectaculaires.

Je connais les prises d’otages en vrai : les preneurs, quand ils ne se rendent pas sont tués. C’est du 100%, la peine de mort a été abolie mais malgré les moyens du GIGN et de la BRI, présents aujourd’hui ça fini toujours ainsi.

 

On m’a fait venir, au cas où, on m’explique la situation vite fait : Il est entré est bernant tout le monde, a blessé un garde de la sécurité interne, qui a immédiatement donné l’alerte. Les CRS ont bouclé le périmètre, depuis on attend. Aucune revendication en cet instant, aucune communication.

On compte me faire intervenir pour le motiver à communiquer, créer un choc.

Des psys sont là pour évaluer si le choc peut être bénéfique ou non.

On discute beaucoup, on débat, mais on sait pas trop où on va.

Bref on est perdu, et on se personnifie, s’humanise de plus en plus. On, c’est le commandant de la BRI présentement.

On se dit, conforté par les hochements de tête, que le mec est seul et qu’il a juste débarqué avec un flingue. Donc facile, pas de pièges posés, et a priori pas d’explosifs.

Son palmarès montre qu’il peut tuer tout le monde en un instant mais en une heure il n’a encore tiré sur aucun otage. Bref On est confiant.

 

Les psys me demandent mon avis, nous sommes jumeaux donc nos cerveaux sont voisins, comment réagirai-je dans cette situation ?

 

Je me pose de sérieuses questions sur le professionnalisme du mec, sur ses diplômes et études. Il doit me sentir dubitatif car il sent obligé de développer. On (un autre on, le commun, le général) a beaucoup de théorie sur les jumeaux mais peu de certitudes, car pour savoir il faudrait les séparer à la naissance, les éduquer différemment mais on ne peut pas, l’éthique vous comprenez ?

Oui je comprends, je comprends que tu regrettes que la déontologie et l’éthique existe, que tu considères que ces concepts sont des freins à l’expérimentation et la connaissance, je comprends qu’en 1940 tu aurais postulé en tant qu’assistant de Josef Mengele. Je comprends que là ce qui te motive ce n’est pas la libération des otages mais juste l’expérience. Des cas comme ça tu n’en reverras pas, alors tu t’excites.

Du coup, je ne sais pas si c’est la perspective de ne plus t’entendre, la curiosité, l’attrait du danger ou le lien fraternel qui s’active mais je demande à communiquer avec … comment il s’appelle d’ailleurs ? Stéphane ? Et bien appelons Stéphane.

Ça se regarde, ça ne dit rien. Messieurs vous êtes venus me chercher pour que j’intervienne non ? Alors intervenons.

On me passe le téléphone, ligne directe. Merci On. Ça sonne, 2, 3, 4 fois, il ne décroche pas. En même temps il ne sait pas qui appelle. En aurait-il quelque chose foutre de toutes façons ?

On me reprend le téléphone et je décide d’agir, sur un coup de tête. Je sors de la tente de commandement, il flotte, temps parfait pour une tragédie. Je me pointe devant les caméras, derrière la journaliste de BFM avant que les flics aient le temps de régir, je pousse les gens, gueule un coup. La journaliste se retourne et me demande gentiment de la laisser faire son taf. T’inquiètes, j’ai fait ce que je voulais, maintenant il m’a vu. Tout bon preneur d’otage doit avoir BFMTV d’allumé. Meilleur source d’info sur ce que font les flics, et donc comment espérer s’en sortir.

On a compris, il me tend le téléphone à la seconde où je reviens.

Une sonnerie.

Tu viens de sursauté, tu ne t’y attendais pas.

Deux sonneries.

Tu te demandes si c’est bien moi.

Trois sonneries.

Tu hésites, tu n’avais surement pas prévu ça.

Quatre sonneries.

Tu vas décrocher.

Cinq sonneries.

On veut me reprendre le combiné, je lui dis que non

« Allo frangin ? »

« Oui, c’est moi »

« On t’a déjà sorti de prison ? »

Tu fais le fier c’est une stratégie pour garder le contrôle, de toi-même, de la situation.

« Oui, je vois que tu as suivi. C’est sympa de n’avoir rien fait pour aider »

« Tu veux monter pour en parler ? »

On me fait des signes que non.

« Oui. J’arrive »

Je raccroche. On me dit qu’il est hors de question que …

Je lui dis de se taire, qu’il connait mon dossier et qu’il sait que mon espérance de vie n’est pas en cause. Alors que celles des otages … en plus v’la la promo vu le niveau de VIP des mecs concernés …

 

Un kevlar et une escorte digne d’un film d’action plus tard me voilà seul dans l’ascenseur. Je vomis

Tag(s) : #roman, #Littérature, #Nouvelle, #noir, #m2f

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