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Massive Attack : Angel

Journal de guerre

Entrée 8

 

Je me demande pourquoi la mode des musiques d’ascenseur est passée de mode. Vomir en Easy Listening ça, ça serait riche !

 

Les étages défilent et je me demande bien ce que je fous là : que vais-je lui dire ? Comment vais-je faire pour qu’il libère tout le monde ?

 

Mais je n’ai plus trop le choix, je ne vais pas appuyer sur le 0, l’ascenseur ne va pas faire demi-tour. J’imagine la scène, les portes s’ouvrent, il me regarde et bim elles se referment et je repars. J’en rigole, vraiment, j’ai le sourire aux lèvres. Je suis pas foutu de dramatiser, même en un tel instant.

 

Au moment où je me raisonne je me rends compte qu’il ne me reste que 3 étages, entre ça et ma mini crise, je n’aurais pas eu le temps de voir le trajet passé.

 

Ding ! Arrivé !

 

Je suis accueilli par un « Salut frangin ! »

 

Moi : Tu n’as pas eu peur que ça soit le RAID dans l’ascenseur ?

Lui : Non, j’ai compté le nombre de mecs qui sont entrés dans le bâtiment avec toi et le nombre sortis.

Moi : Ils auraient pu imaginer un truc, me remplacer par un agent

Lui : Oui effectivement, tu m’excuseras, je débute dans le métier. Maintenant que tu le dis c’est bizarre qu’ils t’aient laissé monter seul. Très inhabituel, hors procédure.

Moi : Je les ai convaincus que c’étaient la meilleure chose à faire, on reste à discuter devant l’ascenseur ?

Lui : Non viens, j’ai plein de salles de réunion, même une terrasse !

Moi : Dangereux non vu les tireurs ?

Lui : Oui, mais ils ne feront rien tant qu’ils se demanderont si je n’ai pas prévu un truc spécial pour mes piou piou. Et puis tu ne leur diras rien, on peut compter sur son frère non ?

 

Nous voilà donc lui et moi sur cette terrasse, à regarder la foule loin en bas, à remarquer les tireurs d’élite çà et là, moi j’angoisse, encore. Lui, il se marre.

 

Moi : Pourquoi ?

Lui : Tout ça ?

Moi : Oui, à quel moment tu t’es dit que tu allais fumer la gueule de ton prochain ?

Lui : Dans une situation similaire, une discussion qui n’en était pas vraiment une. Quand j’ai appris que j’étais, que nous étions mourants. Car tu l’es aussi n’est-ce pas ?

Moi : Oui, y a un psy en bas qui serait intéressé par les différences de nos choix.

Lui : Olivier c’est ça ?

Moi : Quoi ?

Lui : Ton nom c’est bien Olivier, ils l’ont donné aux infos, mais c’était pour vérifier

Moi : Oui Stéphane, c’est bien ça. Enfin vu notre situation familiale, ces prénoms ou d’autres …

Lui : C’est sûr, bon on fait quoi ?

Moi : Je sais pas, on relâche les otages peut-être ?

Lui : Non, je pense que je vais les buter une fois notre petite entrevue terminée.

Moi : Pourquoi ?

Lui : Pourquoi pas ?

Moi : Pourquoi tu ne l’as pas déjà fait alors ?

Lui : J’écrivais ?

Moi : Hein ?

Lui : Oui j’écrivais, chaque jour notable a fait l’objet d’un chapitre. Je voulais pas que celui-ci reste sans écrit.

Moi : Donc si les otages sont encore en vie c’est juste parce que tu mettais en forme ?

Lui : Ouaip. Les keufs étaient déjà là ça servait à rien de me presser, autant rédiger, en plus si ça tournait mal il restait quelque chose.

Moi : Marrant, je faisais pareil en bas, j’ai commencé à écrire au même moment. Tu as appris quand ?

Lui : Y a 4 mois.

Moi : A peu près pareil.

Lui : Ça aussi ça intéresserait ton psy ?

Moi : Surement.

Lui : C’est con qu’on se soit pas connu plus tôt.

Moi : Je ne pas sûr qu’on aurait réussi à se réconforter.

Lui : Non c’est sûr mais je pensais à plus tôt encore, y a 5, 10, 30 ans

Moi : Mouais, tu m’excuseras mais j’ai du mal à imaginer vu le contexte là tout de suite maintenant.

Lui : Pourquoi tu es monté ?

Moi : Pour tenter de me rendre utile une dernière fois, une ultime fois, une seule fois

Lui : …

Moi : Et toi ? Pourquoi tu es monté ? Pourquoi tu les tues ?

Lui : Pour tenter de me rendre utile une seule fois, une ultime dois, une dernière fois.

Moi : Tuer c’est se rendre utile ?

Lui : Oui, c’est peut-être même la seule façon.

Moi : Un peu radical non ?

Lui : Que sais-tu des enculés que j’ai ligoté dans leur superbe salle de conf’ ? Ils perfectionnent jour après jour un système qui permet aux enculés comme eux de s’enrichir, et ainsi de continuer à prospérer, de continuer à niquer des vies. Combien de trafiquants parmi leurs clients ? Combien de laboratoires qui sortent des médocs au compte-goutte pour des maladies lourdes à prix toujours plus excessifs ? Combien de politiciens carriéristes qui détournent les fonds publics ? Combien d’entreprises du BTP qui construisent à faible cout en embauchant des immigrés clandestins et dont les bâtiments finissent pas s’écrouler que ce soit ici, en Asie ou en Afrique ? Combien de pollueurs qui niquent la planète en toute connaissance de cause, mais qui préfèrent le profit rapide à la survie du monde ?

Moi : C’est bon tu as fini ? Y a une justice on ne vis pas dans une république bananière.

Lui : Mais tu débarques ou quoi ? Tu regardes les infos de temps en temps ? Ici on laisse en liberté des mecs qui font l’apologie de la pédophilie à la télé. Là-bas on emprisonne parce qu’un mec apporte un avis critique et constructif sur la société dans laquelle il vit.

Moi : Stop, je t’arrête, je connais le discours et quitte à passer pour un monstre je m’en tape. Il pleut, je me sens mal, je stresse, on est entouré par les forces du RAID, de la BRI ou de je ne sais quel autre acronyme fortement armé.

Lui : Ahahahaha

Moi : Quoi ?

Lui : Non rien, j’ai dit exactement la même chose à ta place dans la même situation.

Moi : Libère les. Tu fais ça par rage, par vraiment par conviction

Lui : (se mettant à pleurer) je voulais pas mourir putain, pourquoi moi, pourquoi nous. Ça pouvait pas tomber sur quelqu’un d’autre ?

Moi : Ou sur personne …

Lui : (se répandant en larmes et sanglots) bordel, j’ai eu une vie merdique, par pourrie, juste merdique, sans passion, sans amour ni émotions, un truc plat, comme … comme …

Moi : Laisse tomber la métaphore, j’ai compris, je suis dans le même cas tu sais.

Lui : Je pourrais te tuer

Moi : …

Lui : Je pourrais te tuer, les buter tous, échanger nos fringues et me barrer.

Moi : Tu y gagnerais quoi ? 3 semaines ? Un mois tout au plus ?

Lui : (se recroquevillant)

Moi : (l’enlaçant)

Lui : On a raté nos vies, tu penses qu’on peut réussir nos morts ?

Moi : On peut tenter.

 

PAN

PAN

Tag(s) : #roman, #Littérature, #Nouvelle, #noir, #m2f, #mourir

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