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        L'elfe me faisait un effet bizarre. Moins pédant que ses congénères, que ce soit dans son phrasé, dans on attitude, même dans sa façon de bouger. Mais digne de parole comme ceux de sa race : dès le lendemain matin, nous fîmes route vers la prison

Paranoïaque ou pas, je vous jure que nous fûmes observés et je le fit remarquer à mon nouvel allié.

        « Certains doivent se demander qui tu es pour te promener avec moi … pour mon bien … ou non »

 

        Bien, message reçu, il avait des alliés dans la place et d’autres qui le surveillaient (et moi aussi du coup) pour le compte des neuf.

        Bref, j’étais définitivement identifié comme ennemi du monde connu. Il faudrait que je multiplie mes hommages à Clio, à moins que cela ne lui permette de mieux me cibler.

        Le seul point rassurant dans toute cette histoire, c’était de commencer à comprendre que les Muses n’étaient pas omnipotentes. Le problème des panthéons sûrement.

 

        Je ne savais pas ce qu’on allait trouver dans ces tombeaux, ni même ce que nous y cherchions, mais nous étions dans une voie à sens unique sans possibilité de demi-tour. Il faudrait que le final de notre histoire puisse contenter les Muses. Si elles n’en avaient pas eu marre de nos blasphèmes auparavant.

        Fin de mes pensées, début de la cité carcérale. Oui cité, eu égard à la taille. Les points de contrôle se multipliaient, je laissais l’elfe parler. Il changea trois fois de motif de visite, se faisant même passer pour un conseiller juridique. Définitivement pas très elfique l’elfe.

        Et c’est devant un énième garde qu’il me laissa la parole

 

        « Visite ? »

        « Oui »

        « Nom ? »

        « Ebehnezer Coppenham » Pour le garde j'étais bien obligé de donner le nom en entier

        « Ah ! Ebé ? »

        « ... »

 

        Deux couloirs plus tard, nous nous retrouvâmes devant une cellule. Le dit Ebé devait se laver dans un abreuvoir pour animaux de la ferme vu la gueule d’ermite qu’il se tapait. L’archétype du malade mental enfermé plus pour sa sécurité que pour celle du citoyen lambda.

        Et là le dilemme que j’aurais pu prévoir mais que ma naïveté, ou mon manque d’expérience, n’avait pas vu venir : il me faudrait parler devant le garde et Seril Dannan. Ce dernier devina sûrement mes pensées.

        « Tu peux parler sans crainte, rien ne sortira d’ici »

 

        Seril ne bougerai pas et la veille je n’aurais pas imaginé me retrouver aussi facilement devant l’homme que je voulais. J’avais même pensé à me faire moi-même emprisonner.

 

        « Nous ne nous connaissons pas mais je m’intéresse à vos recherche »

Un regard vide me répondit.

        « Il parait que vous cherchez des tombeaux, j’ai eu l’occasion d’en visiter moi-même »

Un regard dubitatif commença à s’intéresser vaguement à moi. En revanche l’intérêt de Seril était quasi palpable lui.

        « Pas comme ceux que je visite » finit-il par me répondre.

        « On parie ? » Je lui citai le nom des villes.

Une lumière s’alluma dans son œil gauche

Sur ma lancée, j’enchaînai par le nom des chevaliers

Ding l’œil droit

 

        Le garde tenta de m’empêcher de lui lancer une de ces « fausses » pièces que j’avais emportée. Seril Dannan le retint poliment. Et l’illumination fut. Le moulin à parole démarra, j’eus du mal à prendre des notes.

        « Oh putain, oh putain ! Tu as les as trouvés chaton »

Ah non ! Pas lui aussi !

        « A quoi ils ressemblent ? Tu as trouvé les armes magiques ? Le calice du chaos ? Tu as pu parler à l’immortel sans nom ? Elles vont te chasser, non … elles te chassent déjà. SI elles veulent que le monde reste monde, elles n’ont d’autre choix que de te désintégrer, t’effacer littéralement des livres d’histoires. Tes parents n’auront bientôt jamais eu d’enfant. Remarque avec un peu d’estragon, ça passera mieux. Tout passe toujours mieux avec de l’estragon, et du piment d’espeletoulos aussi. »

 

 

        Parfait : Il était donc fou. Dommage, les premières phrases étaient pleines de promesses. Dépité j’amorçai un demi-tour, laissant le brave Ebé déblatérer sur la cuisine, le théorème de Thalès, l’élevage des roses (oui lui il appelle ça de l’élevage) et les partouzes lesbiennes des Muses incestueuses.

        Et il est vrai que la vie sexuelle des divinités, doit être relativement réduite, surtout quand il ne reste plus que neuf divinités toutes sœurs …

        Et un blasphème de plus pour la 6 !

        L’elfe, lui, était véritablement captivé. N’imaginant pas que cet intérêt puisse être médical, je me dis qu’il arrivait à en tirer quelconque sens et donc information. Je me retournai une fois de plus vers la cellule, mes appendices auditifs pleinement concentrés.

 

        Seril l’interrompis pour le remettre sur la voie de la cohérence

 

        « Parle nous de l’anonyme qui ne connaîtra jamais Thanatos»

Ainsi parlent les elfes d’habitude. Devant mon froncement de sourcils, il m’expliqua.

        « Il est un langage, une syntaxe à utiliser avec ceux qui voyagent dans les ombres de ce monde »

        « Il est de ceux qui furent, mais que ni vécurent jamais.

        Il vit car le Tartare ne veut de lui.

        Il est car il ne peut être oublié

        Il est invisible car elles le cachent aux yeux du monde. »

        « Lui, et … d’autres choses » commenta l’elfe

Il en savait vraiment beaucoup plus que nous

Je m’essayais moi aussi au langage des ombres.

        « Comment voir l’invisible ? » Regards incrédules. Bien essai non transformé confirmé par Ebé.

        « Non mais il y a un code à respecter là. Un protocole ! Je sais pas moi, faites un effort aussi !

Seril Dannan pris ma défense, enfin ça y ressemblait … à peu près …

        « Il ne sait, il est de ceux qui ne montent pas pour descendre »

 

 

        Je les soupçonnais d’être membre de la guilde des linguistes aléatoires. Non, elle n’existe pas réellement, je vous rassure, mais ça pourrait. J’avais le président et le vice-président devant moi, ainsi que la mascotte (moi-même)

        « Il possède des terres en Crommyon. Il est l’oncle de la duchesse de Crommyon mais elle a oublié qu’elle avait un oncle »

 

        La boucle était bouclée, je suspectai la duchesse de ne pas être totalement amnésique, ce qui expliquerait cette belle coïncidence.

 

Tag(s) : #Nouvelle

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