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          Et c'est alors que la nuit était déjà bien avancée, que nous rencontrâmes la civilisation.

          Un patelin comme seules les campagnes humaines savent en produire. Ce genre de bleds douteux, un peu crasseux où même le plus modeste des mortels se sent comme Narcisse. Là où les autres peuples civilisés offrent des « villages » en harmonie avec la nature, comme les elfes sylvains, des hameaux d'une luminosité solaire comme les hauts-elfes, d'impressionnants forts, comme les nains, ou des grottes travaillées comme nous Félis ou les Gorgones. Les humains, eux, semblent se poser telle une verrue. Imposant leur « style » à l'environnement. Enlaidissant la beauté du lieu de leurs cabanes asymétriques.

          Tout bien considéré, les bourgs troglodytes des gorgones sont tout de même bien glauque à ce qu'on en dit. J'espère ne jamais avoir à le vérifier.

          Et puis cette bêtise …

          D'accord nous arrivons de nuit, d'accord nous ne sommes pas humains, mais quand on ouvre une taverne de voyage dans un village à la con, on évite d'accueillir les voyageurs avec ds fourches et des pelles. Des fourches et des pelles …

          On s'est castagné avec des squelettes, des changes-formes, un géant, un nain, des elfes et une demi-douzaine de peigne culs pensent nous impressionner avec des outils rouillés. C'est que nous n'avons pas peu du tétanos nous autres !

          Témor semblaient avoir apprécier sa promenade à dos de bœuf car il ne chargea pas de suite dans le tas. Il ne pris pas non plus la responsabilité des pourparlers de paix. Il ne faut pas trop en demander non plus. Mais il était relativement souriant. Ce fût bien évidemment Shattasman qui tenta de rassurer les bouseux.

          « Vous pouvez remiser vos outils mes braves, nous ne venons pas pour chercher querelle, juste un endroit où passer la nuit, et peut-être un menuisier pour demain, ou toute autre personne susceptible de nous aider avec notre chariot cassé »

          « Qui nous dit queu vous n'aetes pas viendu pour nous dévahliser »

Que vos yeux me pardonnent, je tente de retranscrire le mieux possible l'accent de ces boulets.

          « Moi en l’occurrence. Comment différenciez vous clients et bandits d'habitude ? »

          « Les clients y viaennent pas la nuit »

          « Pourtant cela me paraît le meilleur moment pour venir chercher un lit »

          « Mla faete pas à envers ! »

          « Pardon mon brave, mais comprenez nous. Nous venons de loin, avons subis quelques déconvenues, et rien ne nous ferais plus plaisir que de dépenser nos quelques Muses dans votre modeste, mais accueillant, établissement. »

          « Ou alors on le défonce et vous avez » Non rassurez vous j'ai gardé cette dernière réplique pour moi même. Je suis loin d'être le plus vindicatif de la bande, mais bon … j'ai mes phases.

Nous attachâmes nos bêtes. Témor en fit de même avec son bœuf. A la grande surprise de toute l'assemblée.

          « Tu devrais peut-être l’emmener à l'étable » conseillai-je

          « Non il m'a bien porter. Mais il doit apprendre à devenir cheval pour la suite »

          « Euh … tu comptes continuer à le monter ? »

          « J'ai du style dessus, alors que sur un cheval je ressemble à un dolmen. »

          « Mais il va tirer le chariot »

          « A moins qu'on ne donne ce rôle aux chevaux » conclut-il

L'intérieur de l'auberge ne réserva aucune surprise. Miteuse, et bien la nuit avançait, des piliers de bar étaient encore présents à siroter une espèce de gnôle locale, que mon odorat plus développé que le leur (heureusement pour eux) classa immédiatement dans la catégorie des huiles qu'utilisent les charlatans pour vider les lavements d'estomacs.

Lorsque j'étais au zénith de ma période d'alcoolisme, je cherchais l'ivresse. Ils ne cherchent que l'oubli de leurs vies misérables, sans se douter qu'elle n'est misérable que pour cette raison.

Nous eûmes à manger. Et je dois admettre que je fus surpris. Oui, rater une soupe me semble un exploit retentissant et surprenant.

          Shass continua la discussion en vue de nous trouver quelqu'un pour nous dépanner, elle revint avec un maréchal-ferrant, passablement aviné, qui jura qu'il pourrait nous dédouaner dès le lendemain matin. Je visais plutôt pour l'après midi, vu sa trogne.

        

 

          Je décidais de faire l'impasse sur le reste du repas et d'aller me coucher directement vu ma mauvaise humeur. Le dortoir était à l'image du reste. Miteux et sale. Mais à quoi ces gens occupent leurs journées si il n'entretiennent pas leur habitat et outil de travail ?

          Je fût réveillé plusieurs fois, par les cris des soûlards, par les autres venant se coucher, par une bagarre (je me permis de vérifier la présence de Témor dans le dortoir, au cas où) et enfin, à l'aube, par les animaux de la ferme. Si on les traitait comme on traitait l'auberge, je me demandais dans quel pauvre état ils pouvaient être.

Ne voulant pas rester plus de temps que nécessaires, nous noue levâmes sans tenter le petit déjeuner pour aller chercher le maréchal-ferrant, qui , comme attendu, cuvait son alcool frelaté, sur le pas de son atelier.

Nous tentâmes de le réveiller en douceur, étant ses obligés, mais Témor fini par lui faire rencontrer l'abreuvoir. Effet foudroyant, il se réveilla, presque frais.

          Et nous pûmes partir vers notre chariot, dans un silence de marche funèbre. Enfin surtout si vous n'êtes ni elfe (pour la musique omniprésente) ou nain. Marrant que les deux races s'aiment moyennement d'ailleurs, lorsqu'on fait la liste de leurs points communs.

          Le chariot était encore là, mais plus notre malheureux bandit.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tag(s) : #Nouvelle

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