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Chapitres 1 à 10

Chapitres 11 à 20

Chapitre 21

 

Journal de Guerre

Entrée 6

Ils ont trouvé un coupable. Ils l’affichent fièrement sur BFMTV toutes les 7 minutes exactement. C’est ma gueule qui passe dans ce cycle infini de l’info en continue.

Sauf que ma gueule à la télé, je la regarde bien de chez moi, pépère avec une bière sans la main histoire de fêter ça.

Ils l’ont chopé grâce à son empreinte ADN, déjà inscrite au fichier pour une bêtise de jeunesse, qu’il a négligemment laissé sur le couteau qui a multiplement performé le maire/président de région/député/sénateur/conseiller cantonal/président d’honneur du club Pyramides du Plessis Pâté Pepita-la-boïte-de-jeu-svp-Mironton-ou-Barjabule ?

Pardon, pardon je suis excité mais ça se comprends non ? Pour le reste, des témoins oculaires ont permis de lier, et lui coller, les autres meurtres.

Bon réfléchissons.

Comment ce mec peut avoir ma gueule, mon adn et maintenant mes crimes ?

Car là, à moins d’un scénario de série B où un mec se croie meurtrier car il rêve en plus vrai que nature des crimes d’un autre …

Bon son ADN, le mien en fait, oriente bien vers la seule explication possible : j’ai un jumeau. Pas un sosie, non un vrai jumeau. Je ne suis pas (plus) fils unique lâché de famille d’accueil en famille d’accueil.

C’est logique, simple, gentiment improbable quand on connait un minimum les règles des DDASS, mais ça ne peut être que ça.

Du coup frangin on fait quoi ?

Et là de l’euphorie de la victoire surprenante, de la libération inattendu, je passe à l’angoisse du choix.

Je me lève et fait les 100 pas enchainant les clopes et les bières sans les finir.

Putain je fais quoi ?

Je me rends ? Pour te rendre ta liberté ?

J’en aurais pourtant bien fait plus. Je ne voulais pas me faire chopper.

Mec désolé mais je ne vais pas me rendre.

On est frères mais on ne se doit rien, on ne se connait pas et à priori on ne se connaitra jamais.

Et puis ça serait vraiment pas de bol pour toi si tu n’avais pas un alibi en béton pour au moins une de mes victimes.

ITélé (oui j’ai zappé mais c’est la même soupe) annonce que tu as été attrapé à ta sortie de l’Eurostar. Une source proche de l’enquête a même fourni la vidéo de ta calme appréhension. Dans ton cul le secret de l’instruction. Le journaleu, dans un ton mêlant effroi et reproches souligne que tu as un sourire jusqu’aux oreilles, ce qui met en évidence ta culpabilité (sic)

Bien emmerdé, l’expert en terrorisme, juge de profession, ne sait plus trop quoi argumenter tellement tu (je ?) sors de ses jolies fiches bien classées.

Idem pour les politiques, ton (mon) profil non barbu et non musulman gêne franchement pour enchaîner avec la routine habituelle.

Tu revenais d’Angleterre.

Tu voyageais alors que moi …

Génétique elle a dit le médecin.

Ma phrase jailli au moment où je m’affale que le canapé : TOI AUSSI TU ES MALADE

Toi aussi tu vas canner sous peu, sauf que toi petit enculé tu vois le verre à moitié plein.

Tu arrives encore après tout ça à le voir à moitié plein. Tu as eu une belle vie, heureuse, pleine, des enfants peut-être ? Et tu t’es offert un, des voyages pour en profiter un peu sans eux avant de les retrouver, avant de te laisser partir à leurs côtés.

Ben tiens crève en prison, moi j’ai un travail à accomplir.

Chapitre 22

On ne peut pas vraiment écouter de musique en prison.

Le bokit est un plat guadeloupéen,  un sandwich de pain frit. Je ne connaissais pas et ça défonce. Surtout que j’ai bien besoin de me remonter le moral, et que la nourriture aide, surtout à côté de la bouffe de la cantine de la prison. Ils ont même cru que mon système digestif ne tenait pas le régime lorsque j’ai été transporté aux urgences une nuit suite à une de mes  « crises ». Car oui elles continuent bien évidemment. Mon corps me rappelle qu’il est en bout de course.  Durant mon incarcération c’est une crise tous les 3 jours, un voyage aux urgences une fois sur 4, le reste du temps c’est plus léger et je prends sur moi. Ca plus les crises d’angoisses, le planning est plutôt chargé.

Comment je continue d’écrire ? Mon avocat, commis d’office, m’a obtenu le droit de garder papier et crayon. Au début la justice avait peur de mon suicide par stylo mais mon dossier médical semble avoir plaidé en ma faveur.

Pour être honnête ce qui a plaidé ce sont aussi mes alibis.

Oui ma tête a bien été aperçue sur plusieurs lieux de meurtres, et mon ADN histoire de boucler le dossier plus vite que prévu.

J’ai commencé à y voir une conspiration. Quelqu’un tentait de me coller ses crimes sur le dos. Pratique avec ma durée de vie. Mais non, je ne suis personne, et on a besoin de personne pour couvrir des crimes. Pour couvrir un crime il suffit de ne pas laisser de traces plutôt que d’en inventer, plus facile, moins risqué.

Du coup ...

Police et parquet n’ont pas très envie de partager l’ensemble de leurs infos avec moi, le fameux problème de l’accès au dossier par la défense.  Je tente donc de deviner via leurs questions, ce qu’ils ne me disent pas.

Déjà, à la vérification de mes alibis ils se sont détendus, me traitent avec plus de courtoisie et ont orienté pas mal de questions sur ma famille. Adoptive certes, biologique surtout. Mais l’impasse est vite arrivée, du moins de mon côté car ils m’ont laissé en cellule durant une bonne semaine avant de vouloir m’entendre à nouveau.

A partir de là, la suite est évidente : questions familiales, ADN retrouvé dans un endroit où je ne suis jamais allé. J’ai un frère, ou une sœur, ne soyons pas sexiste. J’en parle à mon avocat. On refait mon passé par la DDASS, et ce faisant ou refaisant (du coup) on parle des règles d’adoption et des lois française et là ça devient un peu le bordel. Séparer une fratrie, ça reste jouable, donc j’ai un frangin caché et sérial killer.

Pourquoi ?

J’ai bien conscience que le sujet qui devrait me tarauder le plus est celui de ma libération, puisque preuve est faite que « c’est pas moi monsieur le juge ». Mais je ne peux empêcher ma curiosité de travailler. Pourquoi mon double génétique tue son prochain ?

La réponse a été formalisée lors de mon dernier passage devant le juge d’instruction : lui, le greffier, les inspecteurs chargés de l’enquête et mon avocat.

Ce n’est pas une réunion, c’est une démonstration que nous écoutons tous religieusement. La police a un peu la tête tournée vers ses godasses, la défense, surtout mon avocat, est fébrile. Mon juge est magistrale.

Il énonce les faits établis, les meurtres, un à un, puis mon alibi et mon dossier médical et de l’A.S.E (nouvelle DDASS). A la vue des faits énoncés il s’avère que mon innocence ne fait pas de doutes, et que le tueur, car l’étude de l’A.D.N montre qu’il s’agit d’un homme, est bien mon jumeau. Il semblerait enfin que ma, notre maladie ai déclenché chez lui une envie de tuer ses contemporains.

La police prend la suite, mon avocat commence à bomber le torse et à imposer sa présence. Le mode opératoire change, les cibles aussi, ils ne peuvent prévoir ni le secteur ni la nature de la prochaine cible. Alors oui dans 4 mois tout se finira de lui-même mais le public ne va pas aimer, le ministre de l’intérieur non plus et si les victimes redeviennent politiques ...

Alors on me demande un dernier effort, mon avocat parle à ma place, et tente de négocier ma participation. On lui rétorque qu’il n’y a rien à négocier, je serai libre une fois la réunion terminée.

D’autant plus que je n’ai réellement rien à leur donner. Je me pensais fils unique jusqu’à ces derniers jours. Alors pour ce qui est de le retrouver …

Je ne devrais penser qu’aux semaines qu’il me reste, mais je leur dit, avant de partir que s’ils ont besoin de moi, ils peuvent m’appeler.

Ils me remercient et je repars libre en payant un coup à mon avocat.

Chapitre 23

Journal de guerre

Entrée 7

 

Encore une nuit à vomir.

Gastro, stress ou fin du parcours ?

Je ne sais pas

Je ne saurais jamais

Je m’en fous un peu maintenant.

 

Le plan est établi pour ma prochaine action.

 

Cet après-midi se tient le conseil d'administration du plus grand groupe bancaire mondial, à Paris, quel heureux hasard.

En tant que tel il se trouve être le plus gros soutien financier des politiques véreux occidentaux, des pollueurs, tout en organisant des opérations de com’ en faveur de la planète et autres trafiquants en tous genres : Optimisation fiscale qu’ils appellent ça.

 

Le choix de Paris est des plus discutables de mon point de vue mais je m’en réjouis. Choisir un pays en état d’urgence, réputé pour ses grèves et manifestations, dont leur siège social a été délocalisé pour encore une fois optimiser … mais bon ça doit être Fashion Week. Et puis quel intérêt de réunir le board à l’heure de la visio conférence ? Des sujets à évoquer qu’en présence physique des participants ?

 

C’est justement grâce aux syndicats que j’ai appris la nouvelle. Ils ont prévu de manifester en bas de l’immeuble pour demander une augmentation de 32 euros pour les employés.  En vue d’en obtenir une de 19.

 

La sécurité sera renforcée. Je compte justement dessus pour m’infiltrer.

 

Le plan est simple, du moins plus simple que dans un « mission impossible ». Car la vie est plus simple que dans un film.

 

Si vous croyez suffisamment fort que ce que vous faites est normal alors ça l’est.

 

Ainsi, si je souffle sur les braises des colères revendicatrices elles deviendront flammes.

Ainsi, si j’ôte ma doudoune pour laisser apparaître mon costard de vigile. Personne ne le remarquera.

Ainsi, si je passe côté vigile en recadrant un pauvre gréviste de manière correcte mais virile, les vigiles me prendront pour l’un des leurs qui vient de se faire agresser.

Ainsi, si je fais semblant d’être blessé, ils croiront que je le suis et m’emmèneront en retrait et les CRS présents sur place me laisseront peinards.

 

C’est marrant CRS, ça s’engage pour protéger la paix et ça protège les intérêts des puissants contre des gens qui gagnent aussi mal leur vie qu’eux.

 

Puis, si je prends un ascenseur prétextant d’être remis mais de devoir faire des vérifications en vue d’un éventuel débordement ils me laisseront aller, occupés qu’ils seront à gérer l’émeute. Merci les comportements grégaires.

 

Peut-être qu’ils me fileront même les accès pour que je n’ai pas à me taper les derniers étages à pied.

 

Trouver la salle de réunion : J’ai le temps. Dernier étage surement, au pire, regarder là où il y a le plus de sécurité et le moins d’employés. Suivre les plateaux repas/café/gouter.  C’est si cliché. La vie est un cliché.

 

Ecarter gentiment l’assistante qui tente de me barrer le passage.

Entrer dedans et braquer tout le comité directoire :

 

« Bonjour à tous, merci d’être venu ce jour. »

« Lets the party begin ! »

 

Ce que je n’avais pas prévu c’étaient les vigiles supplémentaires. J’ai dégainé trop vite.

Ils ont voulu jouer aux héros. Les mecs vous touchez à peine le salaire des grévistes et CRS du rez-de-chaussée. Sérieusement ?

 

Un blessé l’autre se rend. Je les laisse partir. Je ne suis pas là pour eux bien qu’ils mériteraient d’aller à l’abattoir ces moutons serviles.

 

« Bonjour les gens, je disais donc ! »

« Prêts pour un massacre ? »

 

 

 

Chapitre 24

Corey Taylor : From Can to Can’t

 

On approche de la fin. Je le sens.

Chaque nuit j’angoisse

Chaque journée j’agonise.

 

Je suis dans un cercle vicieux. Les douleurs entrainent les angoisses, les angoisses le manque de sommeil, la fatigue les vertiges et autres réactions inhabituelles dont une partie des douleurs surement. Je me lève en fin de matinée, je suis mon rituel, comme si de rien n’était ou presque.

 

J’ai allumé la télé pour faire un fond sonore. Une chaîne info histoire de voir quel monde je quitte, il me fait la décence d’être dans un état qui ne me le fera pas regretter.

Au même moment le téléphone sonne.

 

« Allo ? »

« Oui je vois les images oui. »

« Oui je viens oui. »

 

Je leur avais dit, le plus sincèrement, que s’ils avaient besoin de moi ils pouvaient me contacter. Ce genre de phrase qu’on dit en sachant pertinemment que l’autre ne vous contactera jamais. A mettre au même rang que les On s’appelle, on se fera une soirée ou les Si tu as besoin de quoique ce soit n’hésites pas.

 

Je suis cynique ? Non juste conscient des réalités.

Mais là, la réalité ce sont deux flics en bombers dans une voiture en double file avec gyro qui hurle son empressement à me voir comme passager.

 

Si on m’avait dit que je participerais à une prise d’otages côté négociateurs. Car c’est bien de cela dont il s’agit.

 

Mon clone naturel a décidé de passer à la prise d’otages.

Je connais les prises d’otages au cinéma : retournements de situation, évasions spectaculaires.

Je connais les prises d’otages en vrai : les preneurs, quand ils ne se rendent pas sont tués. C’est du 100%, la peine de mort a été abolie mais malgré les moyens du GIGN et de la BRI, présents aujourd’hui ça fini toujours ainsi.

 

On m’a fait venir, au cas où, on m’explique la situation vite fait : Il est entré en bernant tout le monde, a blessé un garde de la sécurité interne, qui a immédiatement donné l’alerte. Les CRS ont bouclé le périmètre, depuis on attend. Aucune revendication en cet instant, aucune communication.

On compte me faire intervenir pour le motiver à communiquer, créer un choc.

Des psys sont là pour évaluer si le choc peut être bénéfique ou non.

On discute beaucoup, on débat, mais on sait pas trop où on va.

Bref on est perdu, et on se personnifie, s’humanise de plus en plus. On, c’est le commandant de la BRI présentement.

On se dit, conforté par les hochements de tête, que le mec est seul et qu’il a juste débarqué avec un flingue. Donc facile, pas de pièges posés, et a priori pas d’explosifs.

Son palmarès montre qu’il peut tuer tout le monde en un instant mais en une heure il n’a encore tiré sur aucun otage. Bref On est confiant.

 

Les psys me demandent mon avis, nous sommes jumeaux donc nos cerveaux sont voisins, comment réagirai-je dans cette situation ?

 

Je me pose de sérieuses questions sur le professionnalisme d’au moins un des mecs, sur ses diplômes et études. Il doit me sentir dubitatif car il sent obligé de développer. On (un autre on, le commun, le général) a beaucoup de théorie sur les jumeaux mais peu de certitudes, car pour savoir il faudrait les séparer à la naissance, les éduquer différemment mais on ne peut pas, l’éthique vous comprenez ?

Oui je comprends, je comprends que tu regrettes que la déontologie et l’éthique existe, que tu considères que ces concepts sont des freins à l’expérimentation et la connaissance. Je comprends qu’en 1940 tu aurais postulé en tant qu’assistant de Josef Mengele. Je comprends que là ce qui te motive ce n’est pas la libération des otages mais juste l’expérience. Des cas comme ça tu n’en reverras pas, alors tu t’excites.

Du coup, je ne sais pas si c’est la perspective de ne plus t’entendre, la curiosité, l’attrait du danger ou le lien fraternel qui s’active mais je demande à communiquer avec … comment il s’appelle d’ailleurs ? Stéphane ? Et bien appelons Stéphane.

Ça se regarde, ça ne dit rien. Messieurs vous êtes venus me chercher pour que j’intervienne non ? Alors intervenons.

On me passe le téléphone, ligne directe. Merci On. Ça sonne, 2, 3, 4 fois, il ne décroche pas. En même temps il ne sait pas qui appelle. En aurait-il quelque chose  foutre de toutes façons ?

On me reprend le téléphone et je décide d’agir, sur un coup de tête. Je sors de la tente de commandement, il flotte, temps parfait pour une tragédie. Je me pointe devant les caméras, derrière la journaliste de BFM avant que les flics aient le temps de régir, je pousse les gens, gueule un coup. La journaliste se retourne et me demande gentiment de la laisser faire son taf. T’inquiètes, j’ai fait ce que je voulais, maintenant il m’a vu. Tout bon preneur d’otage doit avoir BFMTV d’allumé. Meilleur source d’info sur ce que font les flics, et donc comment espérer s’en sortir.

On a compris, il me tend le téléphone à la seconde où je reviens.

Une sonnerie.

Tu viens de sursauté, tu ne t’y attendais pas.

Deux sonneries.

Tu te demandes si c’est bien moi.

Trois sonneries.

Tu hésites, tu n’avais surement pas prévu ça.

Quatre sonneries.

Tu vas décrocher.

Cinq sonneries.

On veut me reprendre le combiné, je lui dis que non

« Allo frangin ? »

« Oui, c’est moi »

« On t’a déjà sorti de prison ? »

Tu fais le fier c’est une stratégie pour garder le contrôle, de toi-même, de la situation.

« Oui, je vois que tu as suivi. C’est sympa de n’avoir rien fait pour aider »

« Tu veux monter pour en parler ? »

On me fait des signes que non.

« Oui. J’arrive »

Je raccroche. On me dit qu’il est hors de question que …

Je lui dis de se taire, qu’il connait mon dossier et qu’il sait que mon espérance de vie n’est pas en cause. Alors que celles des otages … en plus v’la la promo vu le niveau de VIP des mecs concernés …

 

Un kevlar et une escorte digne d’un film d’action plus tard me voilà seul dans l’ascenseur. Je vomis

Chapitre 25

Massive Attack : Angel

Journal de guerre

Entrée 8

 

Je me demande pourquoi la mode des musiques d’ascenseur est passée de mode. Vomir en Easy Listening ça, ça serait riche !

 

Les étages défilent et je me demande bien ce que je fous là : que vais-je lui dire ? Comment vais-je faire pour qu’il libère tout le monde ?

 

Mais je n’ai plus trop le choix, je ne vais pas appuyer sur le 0. L’ascenseur ne va pas faire demi-tour. J’imagine la scène, les portes s’ouvrent, il me regarde et bim elles se referment et je repars. J’en rigole, vraiment, j’ai le sourire aux lèvres. Je ne suis pas foutu de dramatiser, même en un tel instant.

 

Au moment où je me raisonne je me rends compte qu’il ne me reste que 3 étages, entre ça et ma mini crise, je n’aurais pas eu le temps de voir le trajet passé.

 

Ding ! Arrivé !

 

Je suis accueilli par un « Salut frangin ! »

 

Moi : Tu n’as pas eu peur que ça soit le RAID dans l’ascenseur ?

Lui : Non, j’ai compté le nombre de mecs qui sont entrés dans le bâtiment avec toi et le nombre sortis.

Moi : Ils auraient pu imaginer un truc, me remplacer par un agent

Lui : Oui effectivement, tu m’excuseras, je débute dans le métier. Maintenant que tu le dis c’est bizarre qu’ils t’aient laissé monter seul. Très inhabituel, hors procédure.

Moi : Je les ai convaincus que c’étaient la meilleure chose à faire, on reste à discuter devant l’ascenseur ?

Lui : Non viens, j’ai plein de salles de réunion, même une terrasse !

Moi : Dangereux non vu les tireurs ?

Lui : Oui, mais ils ne feront rien tant qu’ils se demanderont si je n’ai pas prévu un truc spécial pour mes piou piou. Et puis tu ne leur diras rien, on peut compter sur son frère non ?

 

Nous voilà donc lui et moi sur cette terrasse, à regarder la foule loin en bas, à remarquer les tireurs d’élite çà et là, moi j’angoisse, encore. Lui, il se marre.

 

Moi : Pourquoi ?

Lui : Tout ça ?

Moi : Oui, à quel moment tu t’es dit que tu allais fumer la gueule de ton prochain ?

Lui : Dans une situation similaire, une discussion qui n’en était pas vraiment une. Quand j’ai appris que j’étais, que nous étions mourants. Car tu l’es aussi n’est-ce pas ?

Moi : Oui, y a un psy en bas qui serait intéressé par les différences de nos choix.

Lui : Olivier c’est ça ?

Moi : Quoi ?

Lui : Ton nom c’est bien Olivier, ils l’ont donné aux infos, mais c’était pour vérifier.

Moi : Oui Stéphane, c’est bien ça. Enfin vu notre situation familiale, ces prénoms ou d’autres …

Lui : C’est sûr, bon on fait quoi ?

Moi : Je sais pas, on relâche les otages peut-être ?

Lui : Non, je pense que je vais les buter une fois notre petite entrevue terminée.

Moi : Pourquoi ?

Lui : Pourquoi pas ?

Moi : Pourquoi tu ne l’as pas déjà fait alors ?

Lui : J’écrivais ?

Moi : Hein ?

Lui : Oui j’écrivais, chaque jour notable a fait l’objet d’un chapitre. Je voulais pas que celui-ci reste sans écrit.

Moi : Donc si les otages sont encore en vie c’est juste parce que tu mettais en forme ?

Lui : Ouaip. Les keufs étaient déjà là ça servait à rien de me presser, autant rédiger, en plus si ça tournait mal il restait quelque chose.

Moi : Marrant, je faisais pareil en bas, j’ai commencé à écrire au même moment. Tu as appris quand ?

Lui : Y a 4 mois.

Moi : A peu près pareil.

Lui : Ça aussi ça intéresserait ton psy ?

Moi : Surement.

Lui : C’est con qu’on se soit pas connu plus tôt.

Moi : Je ne pas sûr qu’on aurait réussi à se réconforter.

Lui : Non c’est sûr mais je pensais à plus tôt encore, y a 5, 10, 30 ans

Moi : Mouais, tu m’excuseras mais j’ai du mal à imaginer vu le contexte là tout de suite maintenant.

Lui : Pourquoi tu es monté ?

Moi : Pour tenter de me rendre utile une dernière fois, une ultime fois, une seule fois

Lui : …

Moi : Et toi ? Pourquoi tu es monté ? Pourquoi tu les tues ?

Lui : Pour tenter de me rendre utile une seule fois, une ultime dois, une dernière fois.

Moi : Tuer c’est se rendre utile ?

Lui : Oui, c’est peut-être même la seule façon.

Moi : Un peu radical non ?

Lui : Que sais-tu des enculés que j’ai ligoté dans leur superbe salle de conf’ ? Ils perfectionnent jour après jour un système qui permet aux enculés comme eux de s’enrichir, et ainsi de continuer à prospérer, de continuer à niquer des vies. Combien de trafiquants parmi leurs clients ? Combien de laboratoires qui sortent des médocs au compte-goutte pour des maladies lourdes à prix toujours plus excessifs ? Combien de politiciens carriéristes qui détournent les fonds publics ? Combien d’entreprises du BTP qui construisent à faible cout en embauchant des immigrés clandestins et dont les bâtiments finissent pas s’écrouler que ce soit ici, en Asie ou en Afrique ? Combien de pollueurs qui niquent la planète en toute connaissance de cause, mais qui préfèrent le profit rapide à la survie du monde ?

Moi : C’est bon tu as fini ? Y a une justice on ne vis pas dans une république bananière.

Lui : Mais tu débarques ou quoi ? Tu regardes les infos de temps en temps ? Ici on laisse en liberté des mecs qui font l’apologie de la pédophilie à la télé. Là-bas on emprisonne parce qu’un mec apporte un avis critique et constructif sur la société dans laquelle il vit.

Moi : Stop, je t’arrête, je connais le discours et quitte à passer pour un monstre je m’en tape. Il pleut, je me sens mal, je stresse, on est entouré par les forces du RAID, de la BRI ou de je ne sais quel autre acronyme fortement armé.

Lui : Ahahahaha

Moi : Quoi ?

Lui : Non rien, j’ai dit exactement la même chose à ta place dans la même situation.

Moi : Libère les. Tu fais ça par rage, par vraiment par conviction

Lui : (se mettant à pleurer) je voulais pas mourir putain, pourquoi moi, pourquoi nous. Ça pouvait pas tomber sur quelqu’un d’autre ?

Moi : Ou sur personne …

Lui : (se répandant en larmes et sanglots) bordel, j’ai eu une vie merdique, pas pourrie, juste merdique, sans passion, sans amour ni émotions, un truc plat, comme … comme …

Moi : Laisse tomber la métaphore, j’ai compris, je suis dans le même cas tu sais.

Lui : Je pourrais te tuer

Moi : …

Lui : Je pourrais te tuer, les buter tous, échanger nos fringues et me barrer.

Moi : Tu y gagnerais quoi ? 3 semaines ? Un mois tout au plus ?

Lui : (se recroquevillant)

Moi : (l’enlaçant)

Lui : On a raté nos vies, tu penses qu’on peut réussir nos morts ?

Moi : On peut tenter.

 

PAN

PAN

Epilogue

 

Ce fut un travail de  longue haleine, de discussions, de tractations, un travail d’avocats aussi. Pouvions-nous récupérer les écrits des jumeaux qui ne se connaissaient pas ? Pouvions-nous les compléter ? Les publier ?

 

            La justice fut saisie par les familles des victimes, certaines motivées par le respect de leurs proches défunts, d’autres, et que l’on m’accuse de diffamation, par l’appât du gain.

 

            La justice a donc tranché, en faveur de la publication de ce recueil, au titre des informations, de l’Information, de l’HISTOIRE.

 

            L’auteur, rédacteur voire correcteur même, était présent sur les lieux. Journaliste couvrant la prise d’otage. Nous avons respecté le périmètre de sécurité et toutes les lois, règles et consignes en vigueur.

            Installés dans un bureau en face de la scène, nos caméras et micros ont réussi à capter la discussion entre les jumeaux, en partie du moins. C’est ainsi que nous avons eu vent des écrits. Si l’existence de ceux d’Olivier était connue de ses proches, ceux de Stéphane étaient bien évidemment un secret, que seule la perquisition de son domicile a permis de découvrir. Grâce à votre serviteur et à ses équipes qui avaient orienté les services de police vers cette voie.

 

            Il a fallu attendre que l’instruction se finisse pour les récupérer et donc que les procès successifs nous donnent raison. Si le coupable est mort par suicide, l’enquête n’aura été fermée qu’une fois l’existence de complices écartée.

 

            Quant à Olivier, suicide ? Bagarre avec son frère pour lui faire lâcher son arme ?

L’enquête n’a pas permis de trancher définitivement. Un doute subsistera toujours.

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