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Chapitre Soixante et onzième

 

        Il nous ont déplacés dans une autre prison. A se demander quelle est la taille de ce tombeau. Mais celle ci est spéciale, déjà nous ne sommes pas seuls, et cette fois ci, je pense que nous pouvons écarter la possibilité qu'il y ai à nouveau quelqu'un jouant double jeu. Nos compagnons de cellule, ont tout l'air d'être de braves campagnards humains, sûrement enlevés discrètement.

Je vais, une nouvelle fois, prêté mon ouvrage. L'une des mes codétenues s’intéressent à mon livre, mais non pour le lire, mais pour y écrire. Tout le monde est extrêmement nerveux, et la nature de notre prison y es pour beaucoup. Si cela pour l'aider à s'apaiser. Je n'ai pour ma part rien écrire tant que nous n'aurons pas été libérés, ou que nous n'aurons pas trouvé un moment de nous enfuir.

 

        Il parait que l'être humain a une formidable capacité d'adaptation ... il parait ...

C'est ce qui lui a permis de survivre jusque là, que dis je survivre ? De dominer ! Et donc de se montrer irrespectueux envers le monde qui nous hébergeait.

Calme toi ma fille, ce n'est pas le moment de repartir dans ce débat sans fin. Garde plutôt ton énergie pour remonter le moral à ces pauvres gens.

 

        Quatre jours que nous sommes enfermés dans cette cellule sans fenêtres ni portes. Quatre jours que je m'efforce de tenir un journal dans ma tête. Tout retenir, pour pouvoir raconter. Pour tout raconter ou juste pour se dire qu'on est encore en vie ... avec l'espoir de le rester.

Nous nous ne savons rien de ce qui nous attend.

 

        Je me suis prise d'amitié pour cette enfant, elle doit avoir 6 ans. Je ne l'ai pas remarquée tout de suite. Il m'a fallu plusieurs heures ... ou jours. Était-elle dans cette salle lorsque j'y suis entrée ? Elle parle peu, sanglote souvent, je tente de la consoler comme je peux, je lui fait des promesses irréalisables.

Comment la rassurer quand je suis horrifiée moi-même ?

 

        Une semaine ... ou deux ...  comment savoir ? Enfermés dans ce décor blanc sans murs, ni toit ni sol. Enfin si il y a un sol, nous nous y tenons dessus.  Normalement nous devrions avoir un repère temporel avec les repas, mais on ne nous en distribue aucun et pourtant la faim ne se fait pas sentir. La fatigue non plus pourtant nous dormons, nous nous réveillons tous en même temps. Utilisent ils une drogue ? Que font ils quand nous dormons ?

 

        Nous parlons très peu entre nous, de moins en moins en fait. Certes au début ça jacassait ça piaillait à coups de « Mon dieu ou sommes nous ? »« Libérez nous ! » « Je veux sortir ! » et autres conneries de circonstances, après certains se sont racontés leurs vies pour savoir pourquoi eux, ou juste pour passer le temps. Même ceux qui parlaient pour remonter le moral aux autres se sont tus peu à peu. Depuis on attend ... qu'il se passe quelque chose tout simplement

 

        Comment suis-je arrivée là ? Il me semble que mon dernier souvenir remonte à la file d'attente au magasin de rationnement. Notre région ne manque de rien mais nous sommes tout de même rationnés ... pourquoi ? Pourquoi nous traitent ils comme des animaux ? Pourquoi avons-nous traité les animaux ainsi ? Expérimentation sur sujets vivants, mutilations, parties de chasses ou massacre en règle, traînés dans la boue. Dans cette partie du monde il n'y a plus de différences entre un humain et un animal, du moins pas pour eux. Mais l’être humain peut s'adapter à tout, preuve en est qu'il collabore même. Quel pouvoir en tirent ils ? N'ont-ils pas la conscience qu'ils y passeront aussi ?

 

        Elle a disparu, hier (hier ?) encore elle était la, je la serrais dans mes bras lui racontant une histoire pour enfant de son âge, en prenant soin d'ôter tout le côté effrayant, vu notre situation j'ai trouvé cela plus sage : pas de méchant loup dans le placard ni de monstre sous le lit ou de méchante belle mère voulant tuer la gentille princesse. Juste un prince et une princesse éloignés l'un de l'autre qui font un joli voyage pour se retrouver. Mais elle n'est plus là. ELLE N'EST PLUS LA ! Je l'ai cherché parmi la centaine de personnes, leur demandant ou était ma fille (ma fille ??) ... je ne l'ai pas trouvée. Il s'est enfin passé quelque chose, ils nous kidnappent une seconde fois

 

        Quel beau pays autrefois que nous avions. Tout le monde voulait y venir au moins une fois, pour ses paysages, son patrimoine, sa cuisine, ses produits de luxe, ses habitants. Et puis les incursions barbares ou devrais je dire plus justement démoniaques, se sont faites de plus en plus nombreuses. Islen la reconstruite, le symbole de la victoire sur le mal est devenue Islen la maudite ...

 

        Je viens de me réveiller et je voudrais ne l'avoir jamais fait. Je ne suis plus dans la pièce blanche sans murs ni toit ni porte ni fenêtres ... je suis allongée et sanglée. Ils sont au dessus de moi, ils me regardent et rient. Cultistes de Thanatos, à force on peut les reconnaître même sans leurs costumes, même avec leur apparence humaine.. Ils vont m'opérer, pas me tuer (tuez moi par pitié) ils veulent tester une idée qu'ils ont eu, j'arrive a tourner la tète : parmi les instruments chirurgicaux et le matériel magique je peux distinguer, au loin, une cage. A l intérieur se trouvent des Loups de la nuit. De l'autre coté une seconde table ou est couché un être sanglé : un Loup Garou. Il parait que l'être humain a une formidable capacité d'adaptation ... il parait ?

 


Chapitre Soixante douzième

 

La mort a ce petit inconvénient

Qui est un tantinet dérangeant

Que pour raconter des histoires aux gens

C'est, tout de suite, moins évident

 

Alors RELEVE TOI !

 

Voila qui est mieux, sur deux pieds

Oops je ne me suis pas présenté

Umlaut le consultant

Schizophrène c'est amusant

On se sent toujours entouré

L'esprit constamment assiégé

 

En parlant de pieds, je devrais peut être arrêter

En vers et strophes, de m'exprimer

Sous peine que le récit que je me fait a moi même ne devienne chaotique...

 

(criant comme un punk)

 

On prends des barbituriques

Ça nous calme ! Automatique !

Mais le détail technique

C'est que c'est un échec critique

On aime pas être calmé

Ça fait rien qu'a nous énerver

Et ça nous fout la haine la haine la haine

Et ça nous fout la haine la haine des Chaotiques

Qu'en ont marre qu'on les prenne les prenne

Qu'en ont marre qu'on les prenne pour des psychotiques

 

(calmé)

 

Ah ben ça va mieux

Je me sens plus heureux

Ma première conversion pensez y !

Oui je sais ce n'est pas un humain, juste un récit

Un peu bancal, dont les vers n'ont pas tous me même nombre de pieds

Mais que cela ne vous prive pas de l'histoire que je vais vous raconter

 

Une troupe d'aventurier est venu ici et s'est fait capturé

Moi même j'étais, par jeu, emprisonné.

Mais grâce à leur fée ils se sont échappés

Ils ont réussi à nous trucider,même moi j'y suis passé

Bah contre temps passager

Ce n'est pas la mort qui va me stopper

Avez vous remarqué

Qu'il est facile de faire des rimes en é ?

Soyons fous ! Allez !

(non !)

prenons un risque

Tentons les rimes en X

 

Au risque (!) de me répéter tel un disque

(de démonologue)

Une bande de dégénérés (!) vient et nous la confisque

Qui ça ? Mais notre plus beau projet, notre obélisque !

Mais qui pour se prennent ils ? Des agents du FISC ?

Et en plus ils nous tuent, nous explosent, nous flambent et nous déboîtent le ménisque !

Forts déplaisants ces gens ! Comme un marisque

Ils n'ont pas demandé leur reste et ont couru tels des damalisques

Bah faites petits ! Je ne suis pas jaloux ce n'était pas une de mes odalisques

 

Surtout que le piège ne fut pas d'entrer en notre demeure

Et que les difficultés vont pour eux venir bien après l'heure

Il est temps pour moi d'arrêter les vers

Grisé je ne dois pas devenir saoulé

Nos amis ont joué

8, rouge, passe et pair

Leur sauvetage ? Un bel impair

Dans pas longtemps ils vont chialer leurs mères !

 

Ces petits vont découvrir que leur belle a un léger défaut de fabrication. Petite dédicace aux nains ingénieurs, la dame est minée

 

BONNE JOURNEE !!

 


Chapitre Soixante treizième

 

      Nous avons réussi à nous échapper, la fée a dû lancer moult sorts, et moult sorts ont échoué. Cette cellule de  ... vide (là encore je ne trouve pas de meilleur terme) semblait posséder une zone d’anti magie. Puis à force de persévérance, la cellule s’est … comme … dissoute et nous nous sommes retrouvés dans le tombeau. Nous avons alors progressé pour tenter de s’échapper avec l’ensemble des
    « Oh mais c’est quoi ce bordel ? »
    « Quoi encore ? » me demanda Shattasman.
    « Je viens de relire mes chapitres précédents, pour n’omettre aucun détail »
    « Tes pages ont encore disparues ? » me demanda la fée, inquiète.
    « Non, mais Umlaut semble pouvoir écrire à distance »
    « J'te demande pardon. » tonna Témor
    « Tu es sur que ce psychopathe n’a pas écrit au hasard dans ton livre, dans des pages laissées libres ? » me demanda Shass.
    « Regarde par toi-même » lui répondis-je.
    Je lui passais mon ouvrage. Je trouve qu’il change beaucoup trop de main en ce moment.
    « Bien … et donc tu n’as pas écrit le chapitre précédent ? » me redemanda-t-elle.
    « Mais absolument pas ! » La fée se mit à virevolter autour de moi.
    « Je peux voir ? » Elle regarda le journal sans attendre de réponse. En confiance suite à notre libération, je la laissais faire.
    « Il est magique »
    « Merci » lui répondis-je flatté
    « Non mais vraiment magique » dit-elle en haussant son propos d’un regard blasé.
    « Comment ça ? » lui demandai-je
    « En tant que fée, je suis sensée ne faire qu’une avec la magie. En tant que mage aléatoire ça dépend des jours. Mais ton livre est clairement enchanté, ou maudit … au choix. Après c’est de la sémantique. »
    « Attends, attends, j’ai peur de comprendre. L’autre dingue aurait enchanté mon bouquin pour pouvoir y publier ses propres chapitres »
    « Apparemment » confirma-t-elle.
    « Et il peut y lire les miens ? »
    « Ca … »
    « Super ! Génial ! En bref je ne peux plus rien publier ! »
    « Change de livre » trancha Témor.
    « Attends, je tente un sort » Trop tard, elle l’avait déjà lancé.

    Bien évidemment mon livre n’a pas pris feu, sinon vous ne pourriez le lire à l’heure actuelle, car non je ne l’aurais pas ré écrit de mémoire.
    « Alors ? » fis-je
    « Ben … il faut un temps pluvieux sur XXX, la température est de 24°c, ce qui est un peu frais pour la saison. Si vous vous baignez, attention la mer est agitée et la température de l’eau est de 17°. Nous fêterons les XXX. »
    « Et sinon pour mon livre ? » L’habitude faisant, j’arrivais à faire abstraction.
    « Tu veux vraiment qu’elle retente ? » me dis Shass.
    « On doit savoir » lui répondis-je
    « Change de livre, fais un tome » retenta Témor.
    « Et si il peut écouter à travers le livre, ou je ne sais quoi d’autre comme nous localiser ? Je ne vais pas le jeter ! »
    « Recopie, t’a que ça à foutre. Et ça contentera ta muse »
    « Il ne peut qu’écrire » l’interrompis la fée.
    « Que ? » Je fais abstraction mais des fois, j’y arrive moins que d’autres.
    « J’ai relancé, et encore relancé et il s’avère qu’il ne peut pas nous localiser, ou écouter, ou même te lire » nous précisa-t-elle
    « Et on a raté quoi comme effets indésirables ? » m’inquiétai-je
    « Aucun » mentit-elle « Sachez juste qu’au troisième beep il sera 14h25 »
    « beep »
    « beep »
    « beep » beepa-t-elle
    «Du coup, tu peux expliquer, sans crainte, qu’après être sortis, on a progressé dans le tombeau avec les autres prisonniers, qu’on leur a demandé de rester en retrait. Qu’on est tombé dans un laboratoire où la nana avec qui tu avais sympathisé était enfermé et que cette fois on leur a mis tarif. Que j’ai désossé l’affreux et qu’on a trouvé walou en terme de pièces chelou ou de parchos » raconta-t-il
    « Oui voilà je vais écrire ça … Mais avant relisez ce qu’il a écrit » leur fis-je remarquer.
    « Ben quoi ? »
    « La nana avec qui j’ai sympathisé comme tu dis … ils étaient en train de la transformer en loup garou. Et d’après Umlaut ils ont même réussi. »
    « Et alors ? » continua de ne pas comprendre Témor.
    « Et alors ? Et bien le village où on les a déposés, on a plutôt interet à y retourner dare dare avant que ça ne soit une boucherie ! »


Dont acte.


Chapitre Soixante quatorzième

 

 

      Ils m'ont libérée mais le monde est resté longtemps flou. La netteté s'est faite petit à petit. Les têtes éclatées d'abord, les corps calcinés ensuite, les squelettes démantibulés enfin. Et ce sang tout ce sang j'ai eu envie de vomir. Et ce groupe qui se bidonnait ... al drogue a été longue a cessé ses effets.

 

      Dehors il faisait jour (toujours la tête qui tournait) l'air ne me faisait pas le bien escompté. Il faut dire que l'air est vicié dans ces terres maudites. Mon groupe d'aventuriers nous a conduit dans un proche village. De là nous sommes sensés panser nos plaies physiques et mentales. Se remettre du traumatisme. Pour repartir, chez nous d'abord et dans la vie ensuite.

 

      Je me réveille en pleine nuit, je ne suis pas chez moi mais j'ai du mal à m'en convaincre. Quatre fois que je me réveille déjà, toujours ces tambours dans ma tête. Et la faim maintenant, toujours plus intense. Le cellier n'est pas vide mais rien ne me fait envie, j'ai besoin de quelque chose de plus frais ... de plus pur.

 

      La Lune éclaire la campagne, je vois comme en plein jour à mesure que je me dirige vers la demeure des voisins. Ma barbe me démange, la faim aussi. J'ouvre la porte, je viens bientôt me repaître

 

      Je me réveille il fait nuit j'ai froid la tête me tourne je ne suis pas chez moi RESPIRE et calme toi. Je ne suis pas seule, une fourrure me tiens chaud. Je pensais que mon corps avait purgé les drogues ... Je me rendors

 

      Le matin, un grand soleil me réveille, une néréide se se tiens dans l'encadrement de la porte. Un de mes sauveurs. Elle se rapproche du lit et me parle. Me dis que la nuit précédente ils sont intervenus à temps. Que j’allais commettre l’irréparable, que je n'aurais pu être sauvée. Je ne comprends pas. Ne s'agissait-il pas d'un rêve ?

 

      J'ai faim

 

      Le Félis entre, il tente lui aussi de m'expliquer. Me parle de notre geôlier fou. Me tends son livre, me dit qu'il arrive à écrire dedans, à distance. Je comprends au bout de quelques minutes qu'il me parle toujours de notre geôlier, que je croyais mort, éclaté, dispersé sur les dalles froides du laboratoire. Qu'ils ont été prévenus ainsi. Que j'étais le piège, la traîtresse inconsciente. Que j'allais tuer, éviscérer tout ce paisible village

 

      J'ai envie de fraises ...

 

      Nous allons faire un voyage , pour me sauver de ce qu'on m'a fait. Il n'est pas trop tard mais il faut faire vite. Je fais mon sac. La néréide me dit que cela ne sera pas nécessaire. Rei me tends à nouveau son livre, mais non pour que je lise mais pour que j'écrive ce qu'il vient de se passer. L'écriture comme témoignage, pour m'attirer la faveur des Muses. Mais aussi comme exorcisme. Pour commencer ma thérapie, qui se doit d'être autant mentale que physique, ou magique (alchimique?) dans ce cas … dans mon cas.

 

      ... avec du jus de bœuf

 

      Je vomis mes tripes tout en pleurant des larmes de sang. Je l'ai tué ... cette adorable fillette ... dans la prison ... MAIS QUI NOUS A FAIT CA ? ... POURQUOI NOUS ? POURQUOI NE SUIS JE PAS DEJA MORTE ? Pourquoi ne me tuent-t-il pas ?

      Puis je la vois … la fillette … avec les autres anciens prisonniers qui me regardent. Le groupe de Rei les a réuni et ils leur parlent. Je suis loin mais j'entends parfaitement. En fait la néréide mènent la discussion, ou plutôt le monologue. Elle leur demande de m’emmener à Thucydide, dans une guilde de mage. Mais surtout d'éviter la grande maison Lalith. Toutes les maisons en fait, mais surtout celle-ci. Mes compagnons d'infortune ne sont pas chauds à cette idée. Entre ceux pour qui cela représenterait un détour, ceux qui ne comprennent pas pourquoi le groupe de Shattasman (puisque c'est son nom) ne le fait pas lui-même, ceux qui estiment qu'ils sont trop pour tous faire ce chemin, et enfin, ceux qui ont peur et qui osent le dire.

 

      Je mangerai bien Rei et la fée.

 

      Ils se sont retournés vers moi, Shattasman, Spressenzideutche et Rei. Le gros, Témor, lui s'est mis face à l'assemblée, avec sa masse … pour négocier. Il est fort en négoce apparemment. Shattasman m'explique, pour que je ne sois un danger pour personne, pour que je vive jusqu'à ce qu'on trouve une solution ...elle va me sceller … dans un bloc … de glace. La fée aimerait se charger de l'opération, les deux autres l'ont regardée. Shattasman a conclu en disant qu'il ne fallait quand même pas trop en demander, et Rei par un « faut pas déconner » des plus attristants, apparemment, pour la fée. Je leur demande pourquoi ils ne me tuent pas de suite. Rei est condescendant, la néréide factuelle : Au cas où je ne serais pas seule, au cas où on en trouverait d'autres. Il faut trouver un moyen de comprendre pour inverser.

 

      Je suis sanglée (à nouveau) toute la petite troupe m'entoure et me lance des messages de réconfort. Certains ont l'air d'y croire, d'autres moins, les villageois ne se donnent même pas la peine de faire semblant. Mes muscles s'engourdissent, me rappelant mon éveil de la table d'opération des cultistes. Je m'enfonce profondément jusqu'à ce que les abysses m'engloutissent. Je ne sens même plus le froid, la nuit tombe, même le soleil m'abandonne

 


Chapitre Soixante quinzième

 

        Après tous ces bouleversements, le voyage s’y prêtant, je me suis accordé une pause. Et j’avoue que j’aimerais que ce calme, relatif, perdure. Relatif car avec Témor et Spressen …

Ne pas trouver tout de suite le prochain tombeau ne serait pas pour me déplaire. Mais bien évidemment, puisqu’il suffit d’en parler pour que le contraire se produise … Témor était sûr de sa localisation et Shass nous faisait presser le pas.

 

      Bon, j’ai beau m’apprêter à raconter ma troisième exploration, je dois avouer que ce qui est intéressant, à raconter, c’est la découverte et non l’exploration : progression à pas de loups (ou de renards, chacun son animal) détection des pièges, faire trois pas, détection des pièges, faire trois pas. Regarder si la porte est verrouillée puis piégée, tenter de l’ouvrir, au final … la défoncer.

      Se répandre dans la pièce pour la sécuriser. Observer en silence, faire trois pas etc etc C’est assez rébarbatif à vivre et surtout à écrire. Alors à lire …

Mais vous verrez qu’on en fera des jeux un jour. Un truc du style Tombeau & Squelettes.

 

      Alors oui ce tombeau était explorable et non exploré. Alors oui, on y a été à tâtons tâtonnants, d’autant plus que les Lalith, à la différence du premier, n’étaient pas là pour nous faire profiter de leurs talents de pilleurs de tombes et de chèvre. Et oui nous avons rencontré de nombreux pièges. La plupart rouillés et hors d’état de nuire. A un point qu’il nous a été impossible de comprendre le fonctionnement ou le but du piège (hormis tuer l’indésirable bien évidemment)

      D’autres en revanche … le double balançoire de haches. Pas très original mais diablement efficace. Enfin pas tant que ça sinon nous serions morts.

 

      Témor a été blessé par un mur de flèches en fer, tellement rouillées qu’il risque plus de la maladie que de la blessure elle-même.

 

      Et oui il y a eu des squelettes à « gérer » dont un d’un plus beau volume que les autres. Là encore nous n’en sortîmes pas indemnes. Témor, encore, et moi-même fûmes touchés. Rien de grave mais quelques jours sans combat furent les bienvenus. Shaas fut enjouée puisque nous découvrîmes de nouvelles pièces d’or et des parchemins tout aussi mystérieux que les précédents.


Chapitre Soixante seizième

 

 

       Et comme après chaque découverte, il y a une phase de recherche, d’analyse à laquelle Shattasman participe avec elle-même. Elle soliloque, s’énerve toute seule, se réjouit, puis se retranche dans un mutisme lorsqu’elle se rends compte qu’elle s’est faite une fausse joie. Et puis, on sait qu’à un moment, elle va nous parler et que tout va prendre sens, s’éclaircir :

 

       « Il pleut »

 

       Bon là, niveau éclaircissement, on repassera

 

       « Belle observation » me moquai-je

       « C’est trop subit, pas de nuage, pas d’orage… »

       « Tu crois que c’est les Muses qui tentent de nous punir en nous mouillant ? » se moqua, aussi, Témor

 

       A ce moment précis, nous traversions une vaste plaine. Ce détail aura son importance par la suite.

 

       « Nous sommes suivis » nous fis remarquer la fée.

       « Ben voyons » douta Témor

       « Comment ça ? » M’enquis-je

       « Il y a un cavalier derrière nous qui semble aller à notre allure » précisa-t-ell

       « Depuis quand on a une vigie ? » me moquai-je

       « On a tous un rôle ! » me répondit Témor le plus sérieusement du monde

       « Ah bon ? »

       « Bien sûr ! Comment crois-tu qu’on ait survécu ? Le tas de flotte c’est le cerveau, La fée la magie, moi les muscles et toi »

       « L’agilité ? La ruse ? Les arts du combat ? L’élégance et l’éloquence ? » Le coupai-je

       « Non t’es le scribe ! »

       « Je ne veux pas vous affoler mais il semble se rapprocher » nous recadra Shass

       « Il est seul » commença à rigoler Témor

       « Il pleut de plus en plus » précisa Shass

       « Effectivement c’est inquiétant » fit Témor, goguenard.

 

 

       C’est à ce moment précis que nous ressentîmes une secousse.

 

 

       « Témor ? » demanda Shattasman

       « Oui ? »

       « Tu es un semi élémentaire de terre, tu peux tenter une explication ? »

       « Y a eu une secousse »

       « Merci de ta précieuse contribution » lui répondit-elle agacée

       « Le cavalier … » fit la fée

       « Il s’est encore rapproché » la coupai-je, en reprenant mes esprits

       « Il est au galop, et il n’est que magie »

       « Un élémentaire ? » demanda Témor

       « Bien plus » précisa-t-elle

 

       A ces mots, une crevasse s’ouvrit devant nous. Shattasman la regarda, puis balança son regard paniqué frénétiquement entre celle-ci et le cavalier une bonne demi-douzaine de fois.

 

       « Amalgame ! »

       « Amalgame ? Je croyais que c'était une légende ! » lui répondis- 

       « Nous vivons dans un monde de légendes ! » ponctua Témor

 

       Petit rappel des épisodes précédents : Amalgame est un être élémentaire. Synthèse (ou symbiose) des quatre éléments primordiaux que sont la terre, l’air, le feu et l’eau, crée par Apollon, Zeus, Héra et Déméter pour, selon l’histoire, harmoniser pleinement les semi élémentaires, tels Témorbabar et Shattasman. Création des dieux il est donc très puissant. Beaucoup plus que nous en fait.

 

       Rappel fait, revenons-en à notre mise à mort.

 

       « Mais qu’est-ce qu’il fout là ? C’est pas un bandit de grands chemins que je sache, ou alors les légendes n’en font pas mention »

       « Je vais me faire une légende » Large sourire carnassier, faisant face à la menace, bref vous commencez à bien connaître Témor.

       « Tu vas rien te faire du tout, on va fuir, on n’a pas le niveau » tentai-je de le calmer.

Fuir, quel bel espoir eu-je alors :

 

Plaine, carriole, 4 baltringues

VS

AMALGAME

La synthèse des éléments primordiaux

 

 

       Alors oui nous tentâmes de faire accélérer le chariot pour échapper à notre poursuivant. Peine perdu il fondait sur nous, surtout que l’orage s’intensifiait et que le terrain se transformait sous nos yeux, sous nos pas. La plaine voyait apparaître de petites buttes qui devinrent vite tertres puis collines. Le chariot tremblait tellement que nous eûmes l’impression qu’il se disloquait.

 

       « Je peux peut-être tenter un sort » tenta Spressen.

       « OUI TENTE ! TOUT CE QUE TU VEUX MEME, MAIS TENTE ET PAR PITIE : REUSSI ! » Et elle se mit à psalmodier et à incanter.

 

 

       Amalgame sauta de son cheval à l’arrière du chariot. Et Témor l’accueilli à coup de masse.

 

       « Raté » ponctua la fée, et elle ne parlait pas de Témor et Amalgame, mais bien de ses sorts.

 

       Surpris par cette manœuvre grossière, inattendue, effrontée et insolente, Amalgame tomba du chariot pour atterrir sur son séant. Bien dressée, sa monture alla à sa rencontre, nous laissant, cependant, espérer une échappée.

 

       « Encore raté » re ponctuation.

 

       Fol espoir, une crevasse se creusa sous nos yeux affolés. Affolés de la voir, affolés de voir la vitesse du chariot et l’impossibilité de freiner

 

       « Me dites pas que c’est elle … » priais-je

       « Non c’est lui, moi c’est ça ! » me répondit-elle

 

       Et au moment où nous devions basculer dans le vide, un flash lumineux nous envahit et nous aveugla. N’ayant que mes fines oreilles, j’entendis les chevaux et le chariot débouler, non plus dans une plaine, mais sur de la pierre, lisse … Puis ce furent les cris d’une foule tout aussi surprise de nous.

 

       « Elle nous a téléportés ! » cria une Shattasman paniquée.

 

       Les chevaux freinèrent tant bien que mal mais ce fut aux dépends du chariot qui se reversa. Le bruit fut impressionnant mais point de casse à signaler.

       Nous recouvrâmes notre vision pour voir les chevaux se remettre debout. La fée s’extirpa en première

       « Oh oh …»

       Suivie de Shattasman

       « Oh putain je sais où nous sommes »

       Enfin de Témorbabar précédé de votre serviteur

       « Jure moi que tu ne l’a pas fait exprès » dit une Shattasman glaciale

       « Je te le jure »

       Nous étions dans une vaste salle, autour de nous, des elfes … noirs. La pièce était richement décorée : tentures, tableaux et statues à l’effigie de la gloire elfique.

       « Tu sais où nous sommes ? » demandais-je, inquiet de voir autant d’elfes noirs.

       « Je ne suis jamais venu mais oui je sais » bien que tentant de rester calme, on pouvait sentir la peur suinter des pores de sa peau.

    « Entrée théâtrale s’il en est » fit une voix féminine, posée mais autoritaire. Plus habituée à ordonner qu’à complimenter. Je me retournais vers elle, passant en revue les (trop) nombreux elfes noirs présents. Beaucoup de nobles paniqués ou amusés, beaucoup de gardes en alertes du fait de la nature de notre arrivée. Et un trône, immense, froid et dur comme la voix de son occupante.

       « Euh » fis-je, plein d’à-propos.

       « Shattasman, je suppose. Voilà qui pourrait bien valider définitivement ta réincarnation » Elle n’avait d’yeux que pour la néréide qui resta silencieuse. Je me penchais vers elle.

       « C’est bien qui je crois que c’est ? »

       « Oui » me répondit-elle en serrant les dents

 

       Témorbabar, quant à lui, s’était engagé dans une bataille de regards avec les gardes : match nul pour le moment.

 

       « Et elle te connait personnellement ? »

       « Apparemment »

      « Bien évidemment que nous connaissons Shattasman, elle est des nôtres, en quelques sortes » répondit à sa place la Matriarche Elfe Noir. Car oui il s’agissait bien de la Matriarche, la Chef suprême de cette nation d’assassins professionnels.

       « Je ne suis pas des vôtres » osa Shass

       « Tu trouves que Shattasman sonne très néréide comme nom ? » lui répondit-elle

       « Tiens oui c’est vrai, je ne m’étais jamais fait la réflexion que ton nom ne »

       « TA … GUEULE » me coupa-t-elle.

       « Gardes ! Conduisez nos invités dans leurs quartiers, nous avons une cérémonie à préparer » ordonna 

Elkta'ress, puisque c’est son nom.

       « Ne vous faites pas d’illusions » nous prévint Shass, « nos quartiers sont ses geôles, la cérémonie est ma mise à mort » A ces mots, Témor se mis sur la défensive, près à combattre, je sortis mes armes et la fée virevolta.

 

       Nouveau flash de lumière entourant Néréide, Krakan, Félis, Fée, chevaux et chariot. Nouvel aveuglement et retour dans une plaine dévastée mais ensoleillée.

       Nous nous retournâmes tous vers la fée, qui toute penaude s’expliqua

 

       « Il s’emblerait que mon sort de téléportation fut un aller-retour … »

 

       Témor en fut enjoué « Héhé, bien joué ! »

       Plus d’orage, plus d’Amalgame dans les environs, mais Shass était toujours extrêmement tendue.

 

       « Nous sommes saufs » lui dis-je, pour la rassurer

       « Elle va en faire une affaire personnelle maintenant, je n’ai plus une caste sur le dos .. mais une nation »

       « Elle ne saura pas où te trouver »

       « Il me trouvent toujours, la prochaine fois risque d’être la dernière, encore qu’ils pourraient bien être le cadet de nos soucis. »

       « Il y a pire que la nation Elfe Noir ? » lui demandais-je inquiet, sachant pertinemment qu’elle avait toujours un coup d’avance dans ses réflexions.

       « Un être de légende ne te tombe pas dessus par hasard en rase campagne. Les muses en ont après nous »

 

Sur ces bons mots, nous remîmes d’aplomb notre chariot et nos chevaux, et repartîmes … au pas.

 

Chapitre soixante dix septième

 

 

       Au pas nous sommes restés un bon moment.

 

       Jusqu’à notre arrivée quasiment, plusieurs jours plus tard. Aucun entrain ne nous poussait à aller plus vite : Oublier des trucs, voir des pages s’effacer, avoir la caste des artisans elfes noirs (les assassins pour ceux qui n’auraient pas suivis) au dos passe encore. Mais toute leur nation et Amalgame, pour des raisons bien différentes … là ça commence à faire un peu beaucoup.

 

       Même pour moi ça fait beaucoup. …

       Bon d’accord, en écrivant je m’en rends compte, pardonnez-moi.

       Ça fait beaucoup, surtout pour moi. Et pour Shattasman aussi bien évidemment.

 

       Car pour Témor, tout va bien, la vie continue, il monte un bœuf. Et pour Spressensideustch tout va bien, la magie est toujours aléatoire, enfin ça dépend des jours comme elle le dit elle-même.

       Notre destination était, comme vous pouvez le deviner, le tombeau suivant. Et comme je l’écrivais, nous sommes restés au pas jusque-là, quasiment. Oh, ce n’est pas la vue du sympathique bourg, voisin du dit tombeau qui nous fit presser le pas, nous n’avions rien d’urgent à faire. Non du tout. Mais lorsque nous vîmes des chevaliers en armure se battre en pleine journée et en pleine rue contre des squelettes, là nous avons eu comme un sentiment d’urgence.

       Surtout Témor, dans ces cas-là il a toujours le sentiment d’urgence en premier. Son bœuf en revanche ... Niveau sentiment d’urgence … il faut bien avouer qu’il atteint vite ses limites. Et c’était encore le cas à cette occasion. Obligeant donc notre ami Krakan (enfin surtout le mien car vous ne le connaissez pas personnellement.) à descendre de monture et à charger sur 400 m en beuglant, la fée au-dessus de son épaule droite, puis gauche, puis droite. Oui une fée, pour la centième fois ça virevolte !

 

       Je sortis une épée et m’apprêtait à suivre la marche, lorsque je fus dépassée par une Shattasman au galop (enfin son cheval, pas elle personnellement) qui, à cette occasion frôla le record du monde de dé-harnachement de carriole pour un équidé. Subite envie suicidaire ou simple action de sauvetage pour parchemin en péril ? La question restera sans réponse. Et du coup je me mis à courir aussi.

 

       L’équilibre des forces en présence paraissait à l’avantage des créatures naturelles, par opposition aux squelettes, surnaturels de nature. C’est du moins ce que je me dis juste avant d’esquiver un coup bien vicieux d’un de ces satanés tas d’os. Car les chevaliers en bons soldats, se battaient comme contre un adversaire humain, réflexe conditionné par des années d’entraînement et de pratique, mais porter un coup de pointe à un adversaire sans chair …

Nouvelle parade de ma part et petit coup de télékinésie pour repousser deux ennemis. Témor pendant ce temps écrasait, concassait, aplatissait, brisait, broyait, bref anéantissait à tour de bras et de masse à deux mains.

La fée semblait hésiter à lancer le moindre de sort, le peur de cramer toute la place. Shattasman l’encourageait à ne rien faire, de peur de nous téléporter à nouveau là où vous avez (surtout si vous avez lu le chapitre précédent.)

       Nous voyant nous battre à leurs côtés, et nous observant dans notre mode opératoire, les chevaliers commencèrent à nous copier. Je me rendis compte de l’ampleur lorsque les rangs de l’ennemi commencèrent à se clairsemer.

 

       Il y avait des squelettes partout, dans la rue donc, mais aussi dans les ruelles alentour, les bâtiments, aux balcons, sur les toits. Une véritable armée d’invasion. Au moins nous étions rassurés sur un point : nous étions au bon endroit.

Notre avantage tenait dans la nature même de l’ennemi. Des squelettes font preuve d’assez peu de force au final. Pas de stratégie et enfermés depuis des siècles ( ?), leur armement était pourrissant.

 

       « Il faut trouver le chef » cria Shass

       « C’est-à-dire que là, on est un peu occupés » lui répondis-je en désarticulant mon adversaire du moment. Pourtant il s’agissait effectivement de notre meilleure option. Au contact de Shass et Spressen, j’appris certains concepts en magie. Sur la notion de source, d’énergie, d’enchantement et de malédictions. En l’occurrence il semblait plus simple, sur un plan purement magique, de lier les squelettes à une source plus importante, que de « maudire » un à un ces anciens soldats. Et de notre expérience, lorsque le plus imposant d’entre eux tombait, le combat s’achevait définitivement. Car là était bien le problème. Après quelques minutes, ces créatures de l’Hadès se reconstituaient et repartaient au combat. Enfin pas toutes non plus. Celles que Témor avait « gérées » étaient en petits morceaux. Et les petits morceaux ce n’est pas très très dangereux.

 

       De même nombre d’entre eux étaient maintenant désarmés. Et il n’y a que dans les histoires à faire peur que les squelettes sont capables d’éventrer un homme à main nue (toujours le problème de force). Leur seul avantage, de taille, résidait dans leur absence de fatigue, et nous ne pouvions combattre durant des heures et des heures.

 

       « Et on fait comment pour le retrouver ? » relançai-je

       « Si on doit faire clicher, je dirais soit sous terre, soit dans le temple ! » me répondit Shass, tout en esquivant le combat comme personne.

       « Une bibliothèque ça vous irais aussi ? » nous répondit un soldat qui n’avait rien perdu, ni de nos combats, ni de nos dialogues.

       « Moui, ça fait bien clicher aussi » lui répondis-je en faisant mine de faire la fine bouche.

       « Ils sont tous sortis de là, les scribes ont été les premières victimes » continua-t-il. Les soldats manqueraient d’humour dans ces situations ?

       « Les livres ! » paniqua Shass, s’inquiétant sûrement plus pour les ouvrages que pour la vie des villageois et des étudiants.

       « Témor ! Il faut nous regrouper et aller à la bibliothèque » lui criai-je

       « Ok » Simple, sobre, efficace. Tout comme sa charge vers nous. Une partie d’osselets à échelle humaine. Et c’est tout sourire qu’il continua sur sa lancée :

       « On se regroupe à la bibliothèque maintenant ? »

       « Oui voilà » Et Témor repartit tel un taureau dans une arène, ou une boule dans un jeu de quille. Oui cette image est beaucoup plus pertinente, surtout en voyant voler littéralement les radius, scrapulum, sternum et autres cubitus (oui je me suis documenté)

       « La pouf ! Elle l’a enchanté ! » Cracha Shattasman, passablement énervée.

       « Comment ça ? »

       « Par magie bien sûr » plus que passablement énervée.

       « Si il est enchanté, je me doute que c’est par magie et non par politesse ! » lui rétorquai-je

       « Très drôle. Il luit légèrement, regarde bien. Elle lui a balancé un sort. Ce qui explique que les squelettes volent aussi bien à son contact »

       « Magie aléatoire ? »

       « Quoi d’autre ? Elle n’a pas appris à lancer des sorts dans les 15 dernières minutes »

       « Plutôt efficace ! » remarquai-je

       « Pense à ce qu’elle aurait pu faire ce coup-ci » conclu-t-elle. Il faudrait sûrement que pas mal de temps passe avant qu’elle ne se fasse à nouveau à l’idée que la fée puisse lancer un sort aléatoire.

       « En attendant, tente de suivre le convoi l’asthmatique ! » lui cria une Spressen, qui elle-même tentait de suivre le rythme imposé par le Krakan. Les relations entre les deux étaient, de toute évidence, au beau fixe.

 

       Devant la bibliothèque, une accalmie, point de squelettes 

 

       « Ils sont tous sortis, dans les rues »

 

       Point de gros squelette imposant pour nous accueillir.

 

       « Il est dedans, il attend que ses troupes aient fini le travail »

 

       Point de pièges apparents 

 

       « Ce sont des squelettes, niveau fourberie ils sont limités »

       « Shass ? »

       « Oui ? »

       « Tu pourrais arrêter de lire mes pensées s’il te plaît ? »

       « Brutale, polie ou sournoise ? » nous demanda Témor

       « De quoi ? » Lui dis-je

       « L’approche. Je suis de bonne humeur je vous laisse choisir. » Effectivement se prendre pour une boule de jeu de quille semble avoir des effets positifs sur son humeur.

       « Polie ? » tentai-je sans trop y croire.

 

       TOC TOC TOC

 

       « Il a quand même pas fait ce que je vois qu’il vient de faire ... » demandai-je de façon parfaitement rhétorique.

       « Si. » Blasé de Shass

       « Bon personne répond, on entre ! »

 

       La porte donnait sur une cour intérieure, très fleurie. Au milieu de laquelle une fontaine à l’effigie d’Athéna permettait aux nombreuses plantes de vivre leurs vies de plantes.

       « Athéna ? » m’étonnai-je

       « Sagesse » argumenta Shattasman.

 

       Hormis notre entrée, quatre autres portes, aux points cardinaux. Il nous fallait choisir avec disc…

       « Tout droit ! » Et Témor reparti en avant, mais au moment où je m’attendais à ce qu’il refrappe poliment, il défonça la porte. Sans attendre de remarques de notre part, il se retourna vers nous

       « Ben quoi … Ils ont pas répondu la première fois, alors … »

       « Chut, gros balourd, c’est une bibliothèque ! » dit la fée d’un ton très réprobateur

       Putain c’est quoi le sketch qu’ils nous font les deux, me dis-je.

 

       Nous étions maintenant dans une vaste salle de lecture. Trois étages de livres montant jusqu’au plafond. Abstraction faite des combats au dehors, tout était calme. Comme un matin à l’ouverture.

       « Étrange » fis Shass. Je commençai, du coup, à m’inquiéter. Car quand elle dit « étrange » une araignée géante nous tombe dessus par exemple.

       « Oui ? » m’enquis-je nerveusement

       « Nous sommes dans un bourg, pas plus de 1000 habitants à tout casser. Et la bibliothèque est plus grande que celles de certaines villes beaucoup plus importantes. » Bon si sa seule préoccupation était la taille de la bibliothèque, tout allait bien pour le moment. Ce qui changea du tout au tout lorsque de lourds pas se mirent à résonner. Lourds pas suivi du bruit, très désagréable, du fer sur le marbre.

       « Copain ! » chuchota Témor.

 

       De toute évidence nous avions trouvé le chef. A moins que ce ne soit l’inverse. Plus de 2m de haut, en armure, épée bâtarde, le tout scintillant légèrement. Lui ses armes ne rouillent pas. Lui, de la force, il en a.

GROUAAAAGH, de circonstance, et prise d’initiative du gros machin qui se met à balayer, grossièrement, devant lui au niveau de nos têtes. Esquives faciles de notre part. Esquive moins évident d’un pylône qui, souffrant sous l’impact, me laissa songeur quant à l’effet sur nos pauvres corps de mortels.

Témor répondît aussitôt, Masse levée pour un coup d’écrasement

 

       « SILENCE DANS LA BIBLIOTHEQUE ON A DIT ! » La botte de notre ennemi marqua gravement le coup. Surement une cassure des métatarsiens (je me suis documenté je vous dis). Mais la douleur pour un mort vivant …

La Fée virevolta autour de l’ennemi, seule stratégie de combat qu’elle connaissait. Shass parti lire (si si) et quant à moi je tentais de contourner notre ennemi. Très mauvais choix de ma part puisque je ne fus pas suffisamment discret et que le géant se retourna sur moi pour m’assener son fameux coup de tranche tête. Sans succès cependant, j’esquivai avec facilité. Ce que j’esquivais moins en revanche, ce furent les étagères de la bibliothèque qui me mirent en étant de KO technique.

 

       La suite ? Je me suis réveillé une fois le combat fini mais Témor se porte volontaire pour raconter ce que je n’ai pu voir. Enchanté, comme il l’est, à cette idée, et ne voulant pas froisser son imposante stature et non moins imposante masse dans mon état, je ne peux qu’accepter cette requête de sa part.

 

       Bon alors, c’est simple, le tas d’os il a pété une armoire à bouquins, le tas de flotte était super vénère. DU coup moi chaud j’ai mis une putain de patate à la masse dans son genou, de là il s’est bien cassé la gueule. J’ai voulu lui écraser la tronche mais il a paré et s’est relevé. De là j’ai fait des moulinets, avec ma masse et ça a rencontré sa bâtarde, alors sous le choc on a perdu nos armes, je lui ai foncé dessus, pour lui mette des patates étoiles dans sa gueule. Il m’a jeté sur 5m, il a repris son épée, moi ma masse et à la fin c’est moi qui lui ai défoncé sa mère.

Merci Témor.

 

       La théorie s’avéra exacte. Les squelettes tombèrent à la seconde ( ?) mort du gros tas d’os. Les chevaliers vinrent à notre rencontre, légèrement en nous encerclant tout de même.

       « La baronne veux vous voir sur le champs »

 

       Il y a des invitations qui ne se refusent pas.

 

Chapitre soixante dix-huitième

 

        Et ce même si l’invitation en question n’est pas pour un banquet.

        D’aucuns aurait pu penser que nous serions fêtés en héros, imaginez, sauver une ville ! Nous ! Mais non. Lorsque les mots « invitations » et  « sur le champ » sont utilisés dans la même phrase, c’est rarement cordial. Au moins n’étions-nous pas emprisonnés. C’était déjà ça

 

        Et donc, Témor, Shattasman, Spressensiedeustch et moi, dans un vestibule. Attendant …

        Témor : Héhé !

        Moi : Quoi héhé ?

        Témor : Une bonne baston, et maintenant une bonne récompense

        Shass : …

        Spressen : flap flap flap (bruit des ailes de fée)

        Moi : Tu sais Témor, ça m’étonnerait qu’on nous accueille avec les honneurs

        Témor : On a tout péter !

        Moi : Justement … enfin pas trop pour une fois en fait … mais au-delà de ça, lorsque les mots « invitations » et  « sur le champ » sont utilisés dans la même phrase, c’est rarement cordial.

 

        Oui je sais. Vous avez sûrement l’impression que je me répète, mais il fallait bien que je lui dise à lui aussi.

 

        Shass : …

 

Elle sait très bien faire le « … »

 

        Spressen : Elle aime peut être pas perdre de temps pour remettre une récompense ?

        Témor : Ouaip !

        Moi : Ah ouais ! On en est à ce niveau-là de naïveté !

        Shass : Non non, de connerie, allons y franchement.

        Tête de fée vexée, ça n’allait pas adoucir leurs relations.

        Shass : Que viens faire une duchesse dans ce trou ?

        Moi : Elle suit ses troupes ?

        Shass : Non. Une noble ne vient pas en carrosse pour suivre son armée partie à l’assaut de morts vivants.

        Spressen : Je suis peut être naïve mais pas paranoïaque moi !

        Shass : C’est Reï qui a dit naïve, moi j’ai dit conne

 

Ambiance …

 

Silence … et bourgmestre en majordome

 

        « Si vous voulez bien me suivre, la duchesse va vous recevoir »

 

        Mais nous le voulons bien mon brave, vite même, pressons le pas, découvrons ce, pourquoi, on nous a convoqué si prestement, avant la fée ne se décide à lancer un sort aléatoire dans une bourgade qui a connu son lot d’émotions pour les deux prochains siècles.

        Changement d’ambiance. Impression de pénétrer une caverne creusée dans un glacier. La duchesse avait réquisitionné le bureau du bourgmestre. Investi serait peut-être le terme le plus approprié, tellement sa présence envahissait cette pièce modeste.

        Habits riches, bien évidemment, mais pas tape-à-l’œil. Regard froid et sévère, bref, elle n’avait pas l’habitude d’exercer son autorité, elle était née pour.

 

        « Prenez place » nous ordonna-t-elle en nous désignant les sièges.

        « Je préfère rester debout » lui répondit Témor avec un grand sourire béat, alors que nous étions tous, à l’exception de la fée bien entendu, presque assis.

 

Regards interloqués

 

        « Ben quoi, pour les récompenses, le protocole c’est bien debout non ? »

        « Témor, tu te souviens de la partie de la discussion sur la thématique du rarement cordial ? » tentai-je naïvement.

        « Des mots de 2 syllabes, pas plus » fit une Shattasman de plus en plus cassante.

        « Je veux ma médaille » un enfant de 7 ans faisant un caprice.

        « Oh mais vous en aurez une vaillant Krakan, mais commencez par me donner votre nom et les circonstances vous ayant amenées à arriver dans notre région au meilleur moment pour sauver nos vies » Le gant de fer faisait preuve de diplomatie, de duplicité. Et l’autre gros balourd allait plonger la tête baissée. Ce qui fit s’activer Shass

        « Vous nous faites trop d’honneur en estimant que nos modestes actions …»

        « Hey ! » protestation de Témor

        « … aient pu renverser une situation que votre armée semblait sur le point de maîtriser. »

        « Votre modestie n’a d’égale que votre courage, je vous assure que votre contribution fût plus qu’appréciée » jeu de dupes, jeu de dupes ….

        « Voilà ! » Témor toujours …

        « Nous ne sommes que de simples voyageurs ayant craint pour leurs vies autant que pour les vôtres. La malchance nous a fait nous retrouver devant le seigneur squelette, la chance nous a permis de nous en tirer à très bon compte. »

        « Oh ! » … et encore.

        «  Les Muses étaient avec vous et avec nous donc. » En revanche si elle commence à se moquer … 

        « Et avec vos sympathiques villageois, car le hasard qui nous a conduit en ces lieux, semble aussi avoir conduit vos soldats » Shass passa à l’offensive

        « Comment cela ? » La duchesse sembla s’amuser de ce jeu. Shass semblai avoir pris le dessus mais cela pouvait s’avérer dangereux pour elle et pour nous.

        « Ce bourg, pour le peu que nous ayons pu en voir, ne dispose pas d’une garnison, et eu égard aux dégâts, peu importants, que les morts vivants ont fait, j’imagine que vos troupes sont arrivées bien vite, ou était déjà sur place au moment de l’attaque.

Silence.

 

        Évaluation de la situation par les protagonistes.

La duchesse voulait de toute évidence des informations.

Shattasman avait compris que la duchesse en avaient aussi à fournir

Témor voulait une médaille

Et la fée s’en foutait un peu.

Changement d’ambiance

 

        « Je pourrais vous faire mettre aux fers, et vous dépouiller de votre savoir. » Plus de compliments, de louanges ou de promesses de récompenses

        « L’emploi du conditionnel nous montre que vous savez pertinemment qu’une telle action serait hasardeuse et contre-productive » Plus de modestie, de bonne fortune ou de discrétion.

        « Un groupe de voyageurs aussi … » la duchesse nous passa en revue, nous dévisageant un par un. «  Hétéroclite que le vôtre … il faut effectivement s’en défier. »

        « Vous n’êtes pas la première à nous le dire » Narcissisme ?

Statu-quo

Silence

Regards soutenus.

 

        La duchesse n’avait pas habitude de perdre ce genre d’échanges, surtout face à des gens de notre condition. Ce fût Shass qui rouvrit les pourparlers.

« Il se pourrait que nous soyons venus en ce lieux pour consulter des ouvrages »

        La duchesse adapta son ton

        « Il se pourrait que ces lieux aient connus dernièrement un regain d’intérêt m’ayant forcée à anticiper une catastrophe »

        « D’intérêt ? Une des grandes maisons ? » Premiers signes d’une défaite de Shass ?

        « Effectivement, il faut se défier de vous, si vous évoquer les grandes maisons. » Elle avait pris des points, mais décida de faire un pas vers nous. « Non, pourraient-elles, elles aussi, intervenir ? »

        « A priori non, d’où mon étonnement »

        « Un homme est venu il y a quelques temps, il a fouillé la bibliothèque, avec acharnement, posé des questions et même commencé à creuser la nuit tombée, pensant ne pas être découvert. »

        « Bien belle bibliothèque au passage »

        « Merci, elle fut bâtie il y a des siècles. Certaines légendes locales imputent même sa construction à Athéna elle-même »

        « Qu’avez-vous fait de ce maraud ? »

        « Nous l’avons banni pour de bon et certains de mes hommes l’ont surveillé de près lorsque le bourgmestre m’a rapporté cette histoire et la suite. »

        « La suite ? »

        « Des événements étranges, des disparitions, des bruits immondes dans la nuit, des phénomènes inexplicables. Quelque chose me dit que vous sauriez expliquer les agissements de cet homme »

        « où se trouve-t-il »

La duchesse se délecta de sa victoire quelques instants.

        « Vous allez me devoir des informations vous-aussi. »

Silence(s)

Elle reprit : « Eschyle, emprisonné pour un temps certain. »

 

        « Merde » fit une Shattasman blasée, dégoûtée. J'ai mentionné Eschyle auparavant,lorsque nous étions emprisonnés à Kouskas. Il était inenvisageable que Shattasman, Témor et encore moins Spressenzideutche mette ne serait-ce qu'un orteil sur cette île.

        « Nous aurions eu besoin de savoir ce qu'il savait lui même. Mais peut-être pourriez vous le faire interroger ? » tenta Shass

        « Et qu'elle raison aurais-je de faire ceci ? … Mais n'y pensez pas, Eschyle est bien loin de ma juridiction, de la juridiction de tous d'ailleurs. »

        « Nous allons donc vous demander de pouvoir fouiller la bibliothèque et particulièrement l'endroit d'où sont sorti ces abominations » continua Shass, toujours déçue.

        « Je n'ai toujours rien obtenu en contrepartie. » tempéra la duchesse.

        « Vous aurez vos informations à notre sortie, cette visite nous permettant de consolider, de vérifier celles-ci. »

        « Soit, mais, si je comprends votre déception à l’évocation d'Eschyle, pourquoi ne pas envoyer votre ami Félis ? Il ne risque pas grand chose à priori. »

        « Qui ? Moi ? »

        « Seul en Eschyle ? Oui c'est un risque à prendre » commenta Shass

        « Au pire il reviendra sans information. » encouragea la duchesse.

        « Euh... ça ne vous dérange pas trop de parler de moi à la troisième personne ? »

        « Le voyage pourrait être un peu long, mais vous pourriez visiter la bibliothèque et me faire un retour complet et détaillé de votre histoire. » continua-t-elle.

        « Non apparemment ça ne vous dérange pas trop. »

        « Je pourrais même vous prêter un attelage pour que vous puissiez arriver à la côte dans les plus brefs délais » finit-elle par me dire, se souvenant de ma présence. Mais nulle question, tout était établi dans sa tête. Sa posture était claire. Elle voulait devenir partie intégrante de notre aventure.

        « Et ma médaille ? » Merci Témor … merci

 

Chapitre soixante dix-neuvième

 

        La médaille nous l'avons eu, elle prit la forme d'une soirée organisée en notre honneur au manoir de la duchesse.

 

        J'avoue, que lorsque je prends la plume pour conter mes péripéties, je suis pris souvent de l'envie de décrire minutieusement le cadre, les personnes, ainsi aurais-je pu vous détailler le nombre et la taille des lustres, la richesse apparente, presque indécente des convives, expliquer le sentiment de n'être qu'une bête de foire qu'on vient observer, toucher, choisir. Vous narrer la saveur des mets qui nous furent servis. Mais tout cela serait tellement superflu et en décalage par rapport à ce que je vécu.

 

        Que la soirée fut costumée (une de plus) n'arrangea sûrement pas les choses, encore que de notre côté, même si nous avions eu le temps de trouver des déguisements, nous pouvions, une fois de plus, difficilement devenir méconnaissables.

Alors je ne sais si ce fut le relatif anonymat des convives ou l'euphorie de la victoire, mais tous semblaient bien chauds, comme des feu follet accompagnants des cracheurs de feu à la fête du solstice d'été de Hestia.

Tout commença de façon très légère.

Amuse gueules et petites coupettes

 

        Puis tout s’enchaîna très vite, trop vite peut-être. Affublée d'un masque de renarde, une noble commença à titiller Témor, sûrement excitée par l'imposante présence de notre rocailleux ami. Ce qui titilla aussi la fée : jalouse.

Une séance de devinettes et énigmes se tint dans l'un des salons. Shattasman y tua le temps et engouement des participants par la même occasion, qui du coup se rabattirent dans la salle principale qui devait être une salle de bal.

Malgré l'espace, les invités étaient compactés et Témor se fit bousculer. Non habitué, il montra les crocs et les muscles, ce qui renforça l'excitation de la renarde et la jalousie de Spressen.

Histoire de détendre l'atmosphère ou d'attirer les regards vers lui, Témor organisa une compétition de descente d'alcool. Vous savez ce genre de de jeu où que vous perdiez ou gagniez, vous ingurgitez l’équivalent de la consommation annuelle d'une amazone en moins de 12 minutes.

        Pour ma part, ma langue devenait pâteuse et mon poil hérissé à mesure que Témor expliquait les règles et que les convives enquillèrent, non, verres sur verres, mais bien bouteilles sur bouteilles.

 

        Les règles ? Un jeu à base de cartes, amis n'ayant pas de cartes il les adapta, sur le pouce, avec des dés. N'ayant pas de dés non plus, il utilisa des petits fours, des petites cuillères et un tisonnier.

 

        Les joueurs, c'est à dire 5 invités, puis 10 puis 15 puis un tiers des personnes présentes perdaient buvaient, gagnaient, buvaient mangeaient les petites fours utilisés, perturbant Témor qui du coup buvait aussi, et changeait les règles à la volée sans que personne ne s'en rende compte, pétés comme des coings comme ils l'étaient.

        Le dit Témor qui commençait à répondre aux avances , de plus en plus instantes de la renarde, qui elle-même devint aussi sobre qu'une suivante de Dionysos. Du coup pour faire diversion le fée bût et Shass, imaginant que la catastrophe approchait, décida d'aller se coucher

 

        Shattasman la clairvoyante fit bien, puisque comme convenu, la catastrophe arriva, la fée lança … non pas un sort mais un verre en travers de la gueule de la renarde qui commençait carrément à se frotter à son rocher préféré

 

        Le verre faisait une demi fée de haut, le lancé fut raté et Témor se le prit. Manque de chance et de discernement, celui ci se cru agressé par marcassin très grassouillet et maniéré, qui fit beaucoup de manières, à l'aide de grands cris suraigus, lorsqu'il traversa une pièce montée.

La marcassin de crème fouettée se releva et se mit à glousser puis à littéralement exploser de rire comme l'ensemble de la ménagerie : cheval, buffle, éléphant, mante, hérisson, ah non, il se mit à vomir dans un coin de la salle. Une thématique costumée très animalière moins le hérisson.

 

        Je me sentais presque chez moi …

 

        D'autant que me voyant en retrait, une chienne commença à vouloir liée conversation

 

        « Sympa le masque, chaton »

 

        Air de déjà vu

 

        « Votre masque est un chef-d’œuvre, on jurerait une vraie gueule de chat, le mouvement des yeux, perturbés, les lèvres tremblotantes, la truffe humide, de cette même humidité que je sens monter peu à peu en moi en voyant ces oreilles frémir à mes mots »

        « On s'est déjà croisés non ? »

        « A Thucydide effectivement » large sourire, un peu racoleur.

        « Le papillon ? »

        « Elle-même, ravie que vous vous souveniez de moi »

 

        Et pendant que je me faisais allumé comme un feu de paille un après midi d'été à la fête du solstice d'été de Hestia, la situation empira, si si, c'était bien possible

 

        Pour la renarde, Témor était devenu une volaille dont elle voulait a tout pris se délecter. Mais elle risquait de se casser les dents ou de se les faire casser par Spressenzideutche puisque cette dernière se mit, elle aussi, à picoler.

        Moi ? Ma jambe trépignait tellement vite et fortement que j'aurais pu déclencher un tremblement de terre.

 

        Je me mis à penser que Shaas était décidément la plus sage d'entre nous et qu'elle avait pris la meilleure décision depuis de nombreuses minutes, qui commençaient à devenir des heures.

 

        Je pris congé de la chienne, ma race n'ayant pas d'affinité particulière avec les canidés.

 

        Au moment où je quittais le manoir pour rejoindre la dépendance où nous logions, j'entendis une explosion puis des rires.

 

J'aurais du écrire des livres pour enfants.

 

  Chapitre quatre-vingtième

 

       Le lendemain, se furent deux chevaliers qui vinrent me réveiller. J'étais frais, à l'inverse de mes compagnons, sauf Shattasman qui vint me dire au revoir.

       J'allais donc être accompagné, escorter, conduit, obligé d'aller en Eschyle.

 

       Mais voyage plus désagréable j'avais fait car effectivement se faire conduire en carrosse a ses avantages.

 

       En termes de confort tout d’abord, mais aussi de sécurité. Déjà un carrosse ducal a un caractère repoussant pour les malandrins, mais accompagné d’une paire de chevaliers …

 

       Au moins je pouvais roupiller tranquillement sans craindre une nouvelle connerie de Témor ou sans risque de me prendre une attaque surprise … encore qu’avec les muses …

       Mais point de naïveté. Ils étaient autant là pour me protéger que pour me surveiller et m’empêcher d’aller ailleurs que prévu. La duchesse avait très envie de me voir aller en Eschyle et surtout d’en revenir, avec quelques informations. Et mes compagnons, si je devais faire preuve d’un peu de cynisme, étaient autant des invités que des otages m’obligeant à un retour dans des délais raisonnables.

 

       Faisons la courte, le voyage fut effectivement plutôt tranquille. Oh il y eu bien des regards emplis de de témérité dans la seconde taverne de voyage, mais comme je l’écrivais, des gardes du corps en armure de plaques … ça calme son con.

 

       Et c’est ainsi que nous arrivâmes en Zographos

 

       Ville portuaire, bateau, elfes marins souriants, ricanants, au revoir monsieur et bon voyage : mon escorte s’arrêtait au même endroit que l'influence de la duchesse. Message reçu je resterais discret sur mon point de départ.

 

 

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